• Résumé  du livre impubliable : la mort des républiques

    La république n’est pas une et indivisible  Elle est, par son histoire, complexe et multiforme. Elle connait des destins contrastés. Elle surgit, vit et meurt. Elle  constitue un objet sociologique et historique comme tout autre régime ; et cela mérite justification et explication. Le sociologue  entreprend donc une comparaison sur les siècles ( une dizaine dans mon livre :Antiquité, France, Allemagne ; une trentaine de la sphère européenne dans le livre de Ch. Brochier : « Sociologie historique du gouvernement de la République ») L’enquête ici  se heurte à l’idéologie dominante qui en fait une « essence », une substance, un concept indiscutable (alors même que le général de Gaulle qui en sauva deux, ne la cite, sur une centaine de pages, qu’une fois au profit de termes qu’il juge plus appropriés au relativisme  historique : « France » pouvoir,  Nation,  Etat. Ce préalable  a dû être levé avant d’enquêter  sur les  modes de délégation, de représentation, l’autorité, la séparation de pouvoirs et le système d’élections, la gestion  des pouvoirs administratifs et  de la force publique, principes ou faits, qui ont connu des fortunes diverses et complexes dans le monde occidental. Alors, la variété des circonstances des apparitions et disparitions successives, les péripéties de l’existence en Europe depuis l’Antiquité à aujourd’hui, méritaient d’être examinées. En éliminant tout esprit  de hiérarchie  quoique on en connut des exotiques (« bananières »), des bonnes et  des « mauvaises » (soviétiques et pays de l’est),  aux structures plus ou moins  abouties, d’après l’opinion des commentateurs  nationaux. 

    En l’absence d’unanimité, face à la diversité des critères formels, retenus  sans examen réaliste de l’application des principes, nous avons examiné l’utilisation par les usagers de la démocratie, des discours sur les droits de l’homme,  les pratiques votantes  et les actes des militants dans ce régime : Eh ! là patatras, rien ne concorde ! Le peuple souverain, le peuplé adulé des orateurs, le peuple sans cesse invoqué manque à l’appel ! Le calcul des votants en chaque élection  donne des surprises : en démocraties occidentales, ils sont  presque toujours minoritaires. Abstentions, non inscription,  votes nuls dominent largement au point d’atteindre  régulièrement 45% en France (60% dans le « modèle » américain)

    Alors pourquoi ces « peuples » appelés sans cesse  à leur devoir civique s’absentent ? Sautant dans ce résumé l’étape historique de l’échec d’intégration des classes dites populaires, nous sommes parvenu à isoler un critère : l’âge bien sûr, mais surtout les revenus (et leur stabilité), et la dimension  de la propriété, la possession de patrimoines, en valeur équivalent à un demi-million d’euros. Au-dessus, on vote presque systématiquement ; les sans patrimoine presque jamais. La valeur de  ce test, sans analyser la tendance  d’une abstention très faible dans les années 1945 et suivantes aux taux très élevés actuels  sans négliger d’autres éléments de l’exclusion ou de la séparation de la moitié  de nos concitoyens pratiquants assidus,  accentue le caractère tranché de cette division. La vraie question est alors : pourquoi veut-on ignorer ou masquer cette évidence ? Le peuple absent : où est-il, que pense-t-il ?  Ceux qui en appellent à lui, vers qui se tournent-ils en réalité ; à qui parlent-ils factuellement ? D’autres étonnements suivront si nous arrivons à bien mener notre enquête. Quelle conclusion tirer de celle-ci? D’abord que nombreux auteurs étrangers appliquent depuis des années notre schéma d’analyse : particulièrement l’école « de Cambridge » ; ils font autorité dans le monde des idées et des pratiques politiques : Dunn, Goody, Hobsbawm, Evans,  tous élèves de Moses Finley. En définitive on ne peut à proprement parler de luttes de classes mais de luttes de fractions de classe. Si  50%  des habitants en âge de voter participent  et dirigent la république, elle est alors l’enjeu permanent de conflits fratricides, parfois meurtriers entre petites, moyennes et grandes ou très grandes bourgeoisies. Ce schéma a été constamment et intelligemment partagé par des analystes dans le monde. Nous le résumons et verrons qu’il s’applique avec pertinence à la France,  à l’Italie et autres pays du continent dans la période récente (sans parler de la Présidentielle actuelle, un cas d’école).Au cours de ces conflits ancestraux, symboliques ou non, le petit peuple parfois s’immisce ou est appelé à soutenir un clan (type 1789).Il est réprimé peu après. Nous rentrerons par une série de cas dans les déroulements  variables mais le scénario est immuable ; notamment quand la « gauche » ne représente plus aucun danger  pour les titulaires  même divisés du pouvoir. Alors, que des scissions apparaissent ou non, au sein des classes populaires, est  un effet secondaire : s’il est habituel que des paysans soldats tirent sur des ouvriers, l’inverse est vrai mais plus rarement. En bref la mort des Républiques analyse toutes ces situations sans  examiner si elles sont exemplaires ou non

    Comment avons-nous mené une telle étude en série? Nous  prétendons qu’il faut approche de l’intérieur,   dans la continuité,  ce processus du découragement républicain du petit peuple, et chercher les autres modes d’action qu’il a  tirés de ces deux siècles d’échec, sans omettre  le sens de l’ironie qu’il manifeste à l’égard de ses guides-protecteurs républicains. Nous prétendons que les sciences sociales se sont totalement détournées   de ce  type d’analyse ethnographique car il ne faut pas compter sur les procédures statistiques étatiques  ou  sociologiques universitaires, (sondages, études d’opinion, questionnaires, entretiens, tous biaisés) pour   ressentir les modulations subtiles cachées aux enquêteurs extérieurs. Nous affirmons que nous fumes les seuls bien placés pour  approcher des comportements privés et secrets et, le cas échéant, en publier  les résultats (pas toujours : nombreux refus). Nous avons pris  acte qu’il faut vivre en continu parmi « ces gens-là ». Aucune difficulté  puisque nous résidons dans ces quartiers, ces villes ouvrières ou villages pauvres et reculés. Cet environnement, et singulièrement aucune « propriété » (en tout cas hors du logement et des biens domestiques), ne nous distinguent du genre de vie de nos voisins.  Cela va de soi puisque, à ce monde, nous  appartenons de naissance : pères, grands-pères,  frères,  fils ou autres proches  sont ouvriers, petits paysans, employés  subalternes, migrants pauvres ; ils constituent donc notre environnement quotidien. Et nous n’avons eu aucun mal à appliquer l’observation participante-une technique  de l’ethnographie- à cette pratique de voisinage. Nous venons  de résumer plusieurs années de travail. Par « nous », je signifie les 4 ou 5 sociologues  qui partagent cette expérience  en continu, qui en discutent souvent et  donnent ici  ou là les résultats. Nous  revendiquons  notre compétence. Nous affirmons  haut et fort qu’il faut  approcher, connaitre intimement  avant de proclamer,  surtout avant de moraliser et d’élever en dogme laïque sacré, le sens républicain  naturel et  avant de stigmatiser  l’indignité de l’abstenant ou du prétendu indiffèrent

     

     

     


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  • Fillon exit : purgatoire ou enfer ?

     Lettre de la montagne n° 3

    Candide : j’ai reçu ce message de l’ ermite et je vous le livre dare-dare

     

    Les candidats au premier tour manquaient d’humour (sauf un  certain Poutou)

    Celui à qui était promis en décembre  l’élection a perdu ses chances d’entrée  au second tour. Il lui manqua  5OO OOO voix pour dépasser la dame, celle des « gars de la Marine »  Pourquoi ? Manque  de réalisme, manque de   chance ? Je pense  surtout : pas beaucoup d’idées , ni de style ou de  l’ironie à manifester face aux champions du droit et de la Morale :le « Canard » et les juges du pôle !

    J'aurai proposé un peu d’autodérision  au lieu de prendre  au sérieux les accusations. Face à la culture classique de ses dénonciateurs, que n’a-t-il invoqué Homère ? Penelope y est si bien décrite par anticipation ; celle qui, pour refuser d’envisager le veuvage en  l’absence d’Ulysse et  se remarier, défait chaque nuit le travail de la journée et le rend infini et illisible (tisser le linceul ) puisqu’elle renoncera à sa vocation  quand elle aura fini sa « tache ».Donc le labeur de Pénélope -la si bien nommée- est chaque jour invisible :elle l’efface la nuit suivante. Elle prouvait ainsi sa fidélité à son mari  si éloigné d’Ithaque !   Oh Canard , que n’as –tu relu l’Odyssée pour comprendre cette femme fidèle ? Autre forme d’humour-que le Canard aurait dû apprécier  car il a le bec dur et sélectif -  c’est raconter les péripéties des 52 autres époux (ou épouses) députés qui emploient leur conjoint en assistant parlementaire.  Que de situations scabreuses  auraient entendu  les bureaux de Palais Bourbon : prête-nom pour une maitresse,  collaboration belliqueuse et  conflits de cuisine électorale  dans les murs de l’  Assemblée nationale   pleine  de  fureurs conjugales

    Plus sérieusement si le candidat Fillon avait feuilleté son manuel d’Histoire, il aurait adopté un geste historique qui lui aurait fait gagner des millions de voix .Non pas rembourser les  rénumerations non indues de Pénélope ; après tout, c’est à  elle !. Mais  s’engager s’il était élu à ne pas recevoir  son salaire de Président, à le refuser, à renoncer au train de vie coûteux de l’Elysée et à commencer le tri des fonctionnaires attitrés de son bureau présidentiel. Le redressement des finances passait par là : la démonstration par l’exemple personnel, par le sacrifice  du luxe de la fonction  y compris à l’égard d’une mission consacrée .L’engagement suprême  ne doit exiger  compensation ni indemnité   ou rétribution.  Le devoir national, l’exemple du dévouement sont à ce prix ! Que n’a-t-il  pressenti cela le candidat ?  Quelle classe cela aurait eu ! Et la gueule de ses collègues,postulants obligés  à ce geste généreux et  populaire. On souhaite cette attitude, au petit garçon «  employé de  banque » qui va lui succéder peut-être

    Le désintéressement  était la question principale des élections.  Un seul, en temps lointains, l’inaugura  bien que jamais aucun continuateur ne la reprit.  Le General De Gaulle en 1959  refusa tout émolument pour son poste de Président élu. Plus que cela, il payait de sa poche tous les frais de vie à l’Elysée qui ne relevait pas de la fonction  de la représentation ; donc  la vie privée et celle de sa famille dans le Palais, était hors des charges de la nation, par exemple son transport, le WE  à La Boisserie, son domicile : également, à ses frais. Quel exemple en ces temps d’avidité !  Personne ne se rappelle le dévouement, la sincérité, la volonté de changer les  mœurs, hier,   en tant qu’objectifs de la République ; et aucun candidat  ne l’évoque. Quel manque d’idées élevées ; que des esprits mesquins, petits bourgeois ! Aucun  sens de la mission, aucune grandeur à attendre de cette élection déjà ratée

    Voilà comment on expliquera plus tard  cette Présidentielle à nos enfants


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    et les médias

     

    Ou comment des institutions, en se coalisant, transforment un trublion en vieux socialiste infâme. Les élus parisiens qui honnissent la province, alliés à « ScPo-Ena » et aux journalistes, sondeurs, fabricants d’ « opinion » ne supportent pas que des  opinions  s’expriment hors des normes morales qu’ils ont fixées. La manière de réagir maladroite de Frêche a accentué l'incapacité de dialogue et l’impossibilité de réflexion sur le rôle des médias dans l’organisation de la vie politique

     

    Le maire de Montpellier, le président de Languedoc-Roussillon  qui a divisé le PS, horrifié les médias était un aventurier en politique, finalement banal dans le sud ouest.  Il a incarné un intellectuel d’origine modeste (père gendarme), professeur de droit qui réussit à devenir maire d’une très grande ville.  Sa trajectoire illustre le conflit latent  entre la province et Paris, ainsi que l’hostilité des  élèves de Sc Po et  de l’ENA à l’égard des « parvenus » non conformistes.  Sans hérédité politique, il a constitué son propre fief ; ceci est impardonnable aux yeux des « héritiers ». Il a battu des bourgeois   mieux placés dans la course aux mandats. Comment son origine rurale moyenne ne l’a-t-elle pas handicapé  la conquête de sa légitimité? Au contraire, elles lui ont donné  une grande confiance en lui. D’autres méridionaux, enfants de petits fonctionnaires comme lui, ont manifesté la même  vitalité politique, l’audace, une égale volonté d’ascension.  Ces caractéristiques viennent d’avoir grandi dans un milieu relativement égalitaire, de n’avoir reçu le mépris d’aucune caste bourgeoise et d’avoir vu leurs parents   se transformer sans heurts en classe montante de notables de village. Ces jeunes « Rastignac » importent de leur origine un style  inspiré de la gouaille populaire qui avait tout pour déplaire aux élites urbaines. Homme de tribune, comme Jaurès, son compatriote tarnais, Frêche ne résistait pas au plaisir d’un bon mot, y compris douteux, pour la galerie, alors que Jaurès se contrôlait parfaitement (en public). Ces universitaires, passionnés de politique, ont entrepris  une carrière ouverte aux enfants dits  « du peuple ». Je tenterai  le parallèle avec Pierre Bourdieu ou le philosophe Alain Badiou, intellectuels  passés par l’ENS qui ont connu la réussite  grâce à l’école sans ressentir l’humiliation de la petite extraction. Ces « Toulousains » qui ont gardé le goût du combat (la castagne) n’ont jamais rencontré les grands bourgeois,« hors Ecoles », dans la concurrence économique ou la jungle des finances. Aussi, ils n’en reviennent pas quand ils reçoivent infortunes et disgrâces que les classes cultivées dispensent aux fils d’employés d’Etat. D’autant qu’on n’est plus sous la 3ème République dans le sud et que  la tradition radicale est bien oubliée.

    Bourdieu connut pareillement une fin tumultueuse face aux médias en raison de ses positions ultimes et Badiou longtemps à l’abri de la philosophie s’expose à son tour. Comme Frêche, ils refusèrent, en gros, les concessions à faire pour « arriver ». Jaurès n’aimait pas non plus les gros propriétaires ou les nobles possesseurs de mines, qu’on les appelle « les bourges » ou « la noblesse d’Etat ». La thèse de Droit de Frêche (« les structures foncières du Pays Toulousain sous l’Ancien Régime » est une diatribe de la concentration terrienne. La propriété, c’est le pouvoir et les Occitans, partageux, ne l’aiment pas. Ces trois hommes ne traînent, à ma connaissance, aucune affaire d’argent ou de mœurs, pas de corruption non plus, et c’est pourquoi ils le paient cher aujourd’hui. Les Bourdieu, les Badiou, les Frêche sont des individualistes amateurs d’appels au peuple ; ils flirtent avec l’anarchisme, sont peu à leur aise dans les grandes bureaucraties de parti. Ils jugèrent qu’il vaut mieux être le chef d’une petite secte qu’un cadre moyen dans un grand parti.  Et d’ailleurs, tous les trois créèrent leur secte (le « frêchisme » étant un avatar de la grande église socialiste). Voila comment on peut interpréter le parcours de l’ancien maire de Montpellier, pas du tout exceptionnel dans le Sud Ouest.  Toutefois on doit justifier son ascension puis sa chute, sa grandeur et sa décadence, par des raisons autres que l’hostilité parisienne et le mépris de l’énarquie

    En réalité c’est là un phénomène ordinaire : les effets de cliques quand les institutions républicaines s’immobilisent s’aggravent ; ils gèlent les mobilités sociales au lieu de les ouvrir quand l’économie n’est plus là  et ils occasionnent de nouveaux rapports de générations où la docilité de caractère des jeunes est encore plus exigée pour faire une carrière dans les institutions « démocratiques », gérées par des vieillards  propriétaires de monopoles.

     Bien qu’ayant été élevé dans les mêmes milieux qu’eux, je n’ai aucune sympathie particulière pour ces meneurs d’hommes qu’incarnait en fin de vie (mais pas au début) Frêche l’agitateur.  Je vais cependant tenter de comprendre « de l’intérieur » leurs réactions à l’hostilité générale

     

      L’Enfance du chef  

     

    Je l’ai rencontré pour la première fois à la rentrée, à l’internat en 1949, au lycée Pierre de Fermat à Toulouse (nos mères institutrices se connaissaient). Bon élève, il cherchait toujours une cause de protestation et une occasion de haranguer ses camarades.  Déjà perçait la faconde du meneur, la « grande gueule », moqueur envers les « mous » et les timides . Sportif, comme il se doit à Toulouse (rugby), il avait des concurrents, après match, au pays de la « tchatche ». Ainsi Alain Badiou, notre condisciple légèrement plus âgé, au même lycée, fils du maire de Toulouse, Résistant respecté, était aussi un beau parleur que nous écoutions dans la cour des grands. D’ailleurs Frêche aurait pu être maire de Toulouse si un hasard universitaire ne le parachuta à Montpellier dont il fit la grande ville intermédiaire entre Marseille et Toulouse, au point d’éclipser les deux capitales régionales.

    C’est évidemment là que se trouve sa singularité de caractère car personne avant lui n’avait incarné à ce point une ville ou une région ; il  voulut d’ailleurs la rebaptiser « Septimanie » comme si elle renaissait avec lui, féru de culture Romaine. Il avait enfin trouvé une cause à sa mesure : bâtisseur de ville romaine (le forum etc ) ! Ses défauts, éclatants sur le tard, mégalomanie de vieil empereur ou folie des grandeurs d’administrateur ne masquaient pas sa révolte anti-élite parisienne et son dernier triomphe électoral fut un pied de nez aux socialistes « d’Etat, car « hors parti », il a ridiculisé sa rivale. Ce qui est impardonnable aux yeux de ceux qui pensent qu’ils « font » l’élu et consacrent son  pouvoir

     

    Mais, ne nous y trompons pas, ces trublions du sud ouest sont capables d’un travail colossal parce qu’ils négligent de courtiser la communication ou la télévision : attitude dangereuse. Si on se passe des médias pour se faire élire, où allons nous ? Ils donnent de préférence leur  temps aux études et aux dossiers de terrain. Ils sont sensibilisés au « contact » populaire comme on dit au rugby. Ils vivent dans de confortables habitats sans être assoiffés de fortune ou de patrimoines immobiliers (Frêche vivait dans une agréable villa hors de tout luxe).  

    La dernière fois que je le vis, c’était à la Fac de Droit de Toulouse après son détour par HEC. Sa manie de convaincre et de recruter à toute force n’était pas assouvie.  Il était alors maoïste et   avait tenté, bien sûr, de me faire adhérer mais nos routes politiques avaient divergé. On devinait avec malice ce qui lui plaisait  dans l’image (légende ?) de Mao, cet instit rural, bon pédago et démago à la fois. L ui aussi, venu de province, avait la certitude faire tomber les puissants et il plaidait sa cause avec la ferveur du récent converti. J’ai suivi de loin sa carrière, ne reprenant aucune relation mais je ne fus jamais étonné de ses démêlés avec les médias en raison de ses attitudes grandiloquentes, et ses déclarations .

    Ses  bons « mots »- courants dans les cafés du commerce du Midi- peuvent être lus de deux façons. Le franc parler assure la popularité, et la vulgarité n’est pas un grief. Refus des appareils, c’est aussi le refus du double langage. La franchise combinée à une morale laïque vient de loin : l’anticléricalisme. En Pays Cathare, le double visage et la langue de bois, c’est l’Eglise.  Bourdieu aussi, mais en privé, ne faisait pas dans la dentelle et ne mâchait pas ses mots.

     

    Pourquoi tant de haine ?

     

    Parmi les petites « phrases –déboires » qui firent récemment sa « notoriété nationale » discutons deux formules certes équivoques, que les médias ont volontairement déformées. Constater que l’équipe de France de foot est composée pour l’essentiel de Noirs ou d’Arabes peut être décrypté de deux façons. Cela peut suggérer qu’à 16 ou 18 ans, les jeunes gens doués, quelque que soit leur origine, sont d’égale valeur sportive : les capacités ne sont ni blanches ni noires, et qu’il n’est pas ridicule de s’interroger sur l’absence de persévérance, sur le renoncement à l’effort d’entraînement sur la durée qui fait entreprendre  à certains (plutôt Noirs ou aux populaires)  la carrière de très haut niveau, tandis qu’elle  conduit d’autres (mieux « nés ») à abandonner précocement toute ambition sportive.  Frêche probablement ne voyait pas là un critère de race - et si c’était une remarque raciste, elle était plutôt  anti-Blanc. Je suppose qu’ il signalait   une caractéristique éducative manifeste des familles de classe moyenne  divergente des  familles immigrées   à propos  de l’effort à produire pour devenir professionnel. On pouvait lui opposer (ou faire confirmer par) d’ailleurs le cas de Laurent Blanc, fils d’un ouvrier cévenol, ex-joueur de Montpellier ou celui plus actuel de Y.  Gorcuff, fils bien élevé d’un entraîneur cultivé. Donc, où Frêche ne s’explique pas assez, ou bien il a raison de constater qu’il est difficile d’inculquer aujourd’hui  une telle somme de travail à des  enfants privilégiés (cas de la nageuse L. Manoudou qui abandonne très tôt malgré ses dons et ses succès : elle aussi, vient d’une famille de cadres moyens qui ont réussi et n’ont plus rien à prouver)

    Il s’est attaqué à un autre dogme de la pensée religieuse dominante en politique. Traiter des harkis de « sous-hommes » sera nécessairement considéré comme insupportable, si on néglige l’ironie de l’histoire. Mais là aussi Frêche, où bien manque de pédagogie (et il est suicidaire, donc fautif), ou bien on ne l’écoute pas quand il s’explique. Nous, nous avions compris qu’il vitupérait ceux des enfants de harkis qui militaient et votaient à droite. Son soutien à la cause de l’indépendance de l’Algérie et du FLN a été sans failles, j’en eus la preuve à Toulouse.   Il avait combattu en faculté de droit, comme nous, l’influence de  l’OAS ou  la menace d’extrême droite. Notons que son engagement antiraciste a été récemment rappelé par l’excellent livre du journaliste du Monde Alain Rollat[1]. Il  fut donc choqué que certains fils de harkis qui auraient dû être ses électeurs,  soient dévoyés pour la deuxième fois par la droite : une première fois, quant à leurs parents engagés dans une trahison contre leurs compatriotes en Algérie, et secondairement en France, quant à leurs fils enrôlés dans les partis mêmes qui les avaient égarés. Mais ses jugements expéditifs en l’absence de sens psychologique et d’effort pédagogique minimal à l’égard des médias l’exposaient à tous les dérapages interprétatifs. Les hommes d’action vieillissants perdent le sens des mesures ainsi que celui des convictions dicibles ou non .C’est le lot de l’usure en politique et des limites des gens emportés par l’action qui ne se contrôlent plus, tels ces vieux leaders radicaux-socialistes, les rad-socs qui ont fini dans les abus de langage dans les banquets.

     

    Les trois cliques

     

    A moins qu’il y ait une autre explication plus intéressante sociologiquement. Elle justifierait l’étude de lobbies et de leur alliance.  Notre vie politique est dominée par 3 cliques, clans ou castes qui combinent les actions et les préjugés. Ils firent ainsi de la politique une forme de religion avec sa morale dogmatique

     

    a) le clan des médias. Les médias de masse sont dans les mains d’une minorité de Pdg et de gros actionnaires qui font élire à la tête de leurs chaînes, journaux  ou radios, leurs protégés, quadragénaires chevronnés ; ces derniers choisissent pour les postes de journalistes de terrain ou de reporters, des jeunes gens de  bonne famille, respectueux, conformistes, qui ont été éduqués dans la terreur de l'excentricité, de l’hétérodoxie. Ces jeunes d’ailleurs, quand ils ont servis, usés sont renvoyés ou mis à l’écart. Lorsqu’ils  occupent ces postes fragiles, ils ne se permettent aucune incartade et suivent les directives implicites de leurs chefs-rédacteurs et employeurs.  Ainsi, ils ne dénonceraient jamais, par politesse et bonne éducation, les effets de la sénilité qu’ils constatent de dirigeants qui sont à la tête de nombreuses organisations.  Ils hésitent à stigmatiser la fraude ou l’abus de pouvoir, sauf si d’autres ayant ouvert la voie, ils se mettent alors à la remorque des scandales. C’est cette jeune classe de seconds couteaux, arrivistes et suivistes par peur pour leur avenir, qui font la peau des adversaires qu’on leur désigne.  Comment s’y prennent-ils pour le travail d’exécuteur à la solde ? Il y faut une forte morale professionnelle et une bonne conscience à tout crin ; ils l’ont ! Une bonne dose de naïveté sociale. Ils l’ont puisque sortis protégés des beaux quartiers, naïveté confirmée dans les écoles de journalisme. Par exemple quand j’ai dénoncé aux journaux Le Monde,  Marianne, l’ Equipe etc , la responsabilité des dirigeants de la FFF du foot français, dans la débâcle de la Coupe du monde, ces jeunes journalistes m’ont ri au nez. Ils ne me donnèrent pas plus raison quelques jours après malgré les faits éclatants du vieillissement qui les rend manipulables. Le nouveau Président Duchaussoy, au style d’Empereur avachi de graisse, se fit sacrer à la tête de  la FFF avec 25000 euros de frais de « Médiatrainng », pour de simple conseils de communication et de relations aux médias. Ce ne sont pas les journalistes installés dans ce business qui  ont dénoncé l’enfantillage de notre super-président! On comprend comment les incompétents flatteurs les manipulent, mais avec l’aide du deuxième cercle : la clique des « bavards » 

     

    b) Les conseillers en images, en com., publicitaires de tous bords, coaches psys du marketing des hommes et faiseurs de carrières. Les gestionnaires qui oeuvrent en faveur  des PDG, grâce aux  millions en coulisses qu’on leur confie pour nous les vendre, leur apprennent à se taire ou à proférer la petite phrase consensuelle et vide ainsi qu’à éviter toute sincérité, bref à parler de bois. Justement dans le film consacré à Frêche (« le Président » de Yves Jeuland, intéressant d’ailleurs, davantage sur les entourages politiques que sur les élus eux-mêmes[2]), on les voit à l’affût de la faute de leur élève, singulièrement rétif d’ailleurs qu’était Frêche, lui distillant des conseils en démagogie. On comprend que pour rendre présentable, selon leurs critères Frêche, il eut fallu plus de 25 000 euros.

     

    c) Ajoutez enfin à ces lobbies, la célèbre caste de Sc Po.,  des sondeurs, des experts, des essayistes et commentateurs patentés, tous ou presque sortis du même moule. La maison « scipoena »  a formé l’essentiel des acteurs de notre vie politique actuelle. On rencontre là nos chers « Professeurs », les auteurs célèbres qui font un livre par an, et la plupart de nos députés, ministrables, qui se voient en présidents de ceci et cela, bref les élus qui ont été sur les mêmes bancs  « L’école des sciences politiques » de Paris, le must, là où il faut passer si on veut tenter sa chance. Comme on a dû le dire aux socialistes, élèves par ailleurs sages et appliqués de la République, conformes au modèle : « Vous aspirez à diriger le peuple ? Fuyez le ! ». Ce groupe ne pouvait pas supporter ce Frêche, olibrius sorti d’une école de commerce, hors du sérail et qui s’en moquait. Sa liberté de parole et de comportement, il l’a payée cher, quoiqu’on puisse dire également qu’il l’a bien cherchée.

    La coalition du clan médiatique, de la caste de l’Ecole et de la clique des sondeurs en tout genre, fabrique l’activité politique (« l’actu ») sans trop de scrupules. Paralysés par les enjeux, à la FFF, ils avaient maintenu Domenech contre vents et marées et sont englués maintenant dans sa demande de 3 millions d’euros d’indemnités. De la même manière ils  voulait la peau de l’ outsider Frêche. Ils en auront d’autres ; les têtes de Turcs ne manquent pas s’ils confirment un excès d’indépendance.  Ils ont déjà mis Mélanchon sous surveillance, ce denier étant bien avancé sur la planche glissante.

    Cette coalition mérite d’être examinée car « ils » n’ont pas fini le travail. Ces trois cliques ne sont pas unifiées et nous devons étudier leurs interférences plutôt que les examiner les unes après les autres. Ce sont les interactions renforcées entre ces univers assurant leur crédibilité que nous devons démonter. Leur hétérogénéité et compétition interne les rend instables et leur équilibre est toujours à construire. C’est pourquoi nous assistons à tant de couacs et de ratés, au cours desquels des intrus comme Frêche s’engouffrent et puis s’incrustent. La compétition entre ces trois cliques rend le paysage politique mobile. Elles doivent, pour survivre, sans cesse faire et défaire, créer de la notoriété et la retirer immédiatement, porter un nom aux nues et  ensuite le descendre, octroyer de l’influence et la retirer peu après.  Si nous ne sommes pas immunisés contre ces rusés tacticiens, cela détournera notre attention et déformera notre vue, loin des vrais problèmes, en nous inventant de « faux-ennemis ».

    L’exemple de Frêche fait réfléchir, quelle soit l’opinion qu’on pût avoir de lui ! Comment un iconoclaste intrépide peut battre et ridiculiser les appareils (celui du PS tout au moins). Comment un hétérodoxe archaïque (avec une équipe sommaire de campagne, genre Pieds Nickelés) peut renverser les enseignements d’écoles de communication et de journalisme ? Comment un ex-marxiste léniniste, maoïste de surcroît, peut-il se jouer des bourgeoisies locales de gauche et de droite, et lui imposer les statues de Lénine et Mao dans le parc public  ( ce que la Chine ne fait plus) contre tous les avis défavorables,? Cette leçon, on la retiendra ; on ne l’oubliera pas !

    Alors pour tout cela, après avoir fait de 2010 ton apothéose, après avoir aspiré à ressembler à Molière mourant en scène, le Molière des anti-Tartufes (soi dit en passant, tu nous rappelais plutôt Rabelais et l’appétit gargantuesque), et donc pour ne pas avoir toi non plus, raté ta sortie, « Bravo et Merci  Jojo », comme on disait au lycée.

     

     

     

     



    [1] A. Rollat ,L’assassinat  raté de Georges Frêche , Edi singulières ,2008

    [2] Ce film mérite d’ailleurs une étude de contenu tant il est (« involontairement » ?) riche .Peut-être la tenterons-nous plus tard ?


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  •  Chapitre 6 de la Mort des républiques

    cf autre blog-(lien)

     Jack Goody contre l’ethnocentrisme en histoire politique

     

    Avant de disparaître récemment  (2015) Jack Goody nous a proposé sans l’avoir  expressément prévu,  la  conscience  du Vol de l’histoire politique du monde par l’Europe ([1]) Mais le vol qu’est-ce à dire ? « J’entends par là la main mise de l’Occident sur l’histoire, une manière de conceptualiser et de présenter le passé où l’on part des événements qui se sont produits à l‘échelle provinciale de l’Europe –occidentale le plus souvent- pour les imposer au reste du monde »(p13). Cet exergue en coup de tonnerre, à qui le destine-il ? A la jeunesse ; jeunesse qui  se déplace  sur la planète à la vitesse que permettent la communication et la circulation moderne. Le maelstrom a commencé. Qui dit ça ? Un « jeune homme » quasi-centenaire( 90 ans) ? Oui, par l’esprit ! Bien entendu sa posture implique qu’en étudiant notre ethnocentrisme, il saisisse celui des autres sociétés, certes moins diffusé mais qui s’alourdit d’incompréhensions meurtries par le passé conquérant de l’Occident. C’est au titre de ce passé équivoque que nous avons-nous même  écrit le texte présent 

     

    La complexité, la pluralité de formes constitutionnelles, le caractère plus ou moins indéfinissable, avant enquête, de la nature d’un régime quelconque, interdisent une échelle linéaire des mérites de chacun d’eux. Telle est  la recommandation initiale. Si on  met avant le nominalisme et les classifications propres à tout jugement moral , on s’en  remet  à la dépendance à des pouvoirs, (ou à certaines des Religions qui définissent le Bien et le Mal publics )  aussi bien qu’au juridisme des intellectuels et de ceux qui  contrôlent  la  terminologie, sans vérification  autre que leurs sentiments et intérêts.. Par exemple, dans ce  que nous nommons   « élections » en démocratie (que nous  prenons au sérieux en tant que test d’adhésion républicaine), il existe une complexité de conceptions d’électorats, de rapports publics au vote, de délégations et de droits inhérents au civisme mal définis. Il y a eu une foule d’interprétations de « l’élection » dans le monde  qui rendent ces critères  peu pertinents, ininterprétables à l’anthropologue qui veut jeter un regard comparatif. L’inclination  de critères démocratiques  à  l’égard  de la causalité linéaire  interdit  une dimension critique,  oubliant les  fonctions contradictoires  de cet acte (élection papale, des juges sous la royauté, dans l’armée, ou maintenant dans les actionnaires d’entreprises). Résultats   de l’enquête à l’échelle  mondiale de ce que réalisa  Jack Goody, avec ses scrupules habituels.

     

    Et la mort des républiques, perçue par un regard extérieur à l’ Occident,  aboutira à la conviction  de voir là une simple étape,  un augure et pas la fin d’un monde. La fin  d’une histoire  occidentale centralisée  (par clercs et universitaires), relativement homogène dans ses thèmes, méthodes et démarches générales :Oui ! Un regard anti-euro-centrique  à la  Goody  au sujet  de   la « démocratie », du capitalisme, du libéralisme  dévoile des  concepts fabriqués sur plusieurs siècles  à travers empires ou républiques, dictatures ou royaumes appuyés  sur la révolution industrielle et  la conquête du monde. Est –ce  un relativisme absolu ? Non ! il y eut des avancées et des reculs pendant 5 siècles de travail, en histoire moderne : Weber, Braudel, Elias   nous firent connaître l’histoire  en sa dimension « monde » mais l’anthropologie culturelle et politique mondialisée  dans les considérations de l’auteur apporte des  sources nouvelles et inattendues 

     

    Qu’en penserait P Veyne pour l’Antique ?([2] ) La même chose ! A preuve :.« C’est pourquoi, à mon avis,  il est exagéré  de saluer en la démocratie athénienne  l’aïeule de la notre » p 88  Toutefois, il a pris un chemin différent pour parvenir à la conclusion de fort relativisme ; tel Pomeranz, au sujet de la Chine, Souyry, le Japon « moderne » sans être occidental ([3]) et quelques autres centres arabo-musulmans  participant aux inventions politiques. Le mouvement de la Réforme en méthodologie  d’études politiques est en marche. Veyne dit de qu’il n’ y a pas de coupure  entre systèmes politiques aussi clairement, sans faits étayés, ce qui nous sert d’argument d’autorité. Aucun système n’est vierge du passé et aucun n’est pur dans  ses « organisations » intérieures. « Sous l’ Empire , le mot République ne cessera jamais d’être prononcé et ce n’est pas une fiction hypocrite,  ... un empereur au contraire était au service de la république » (Veyne p28) . « Le régime impérial  ne maintenait pas sa façade républicaine  par une fiction, mais au terme d’un compromis ; le prince ne pouvait ni ne voulait abolir la république, car il avait besoin d’elle : sans l’ordre  sénatorial, sans les consuls, les magistrats et les promagistrats, l’Empire ,dépouillé de sa colonne vertébrale se serait effondré » (p29.« D’où vient cette idée follement neuve, cette conception si particulière qui a dominé  les pensées et partiellement les pratiques ? Selon Vernant elle vient d’un idéal aristocratique  qui a été  étendu  à tout un corps civique  auto-proclamé , paysans et gens de ville » . Parfois une oligarchie  commande sous les apparences de la dictature  avec laquelle des compromis sont passés ; une autre fois, « on pourrait dire  que le césarisme n’est que l’instrument d’une  groupe de familles  dirigeantes  qui gouverne derrière  les chefs élus et  rois ou empereurs »... « D’où vient cette conception aristocratique et clientélique, curieusement associée  à la doctrine républicaine  selon laquelle c’est la communauté qui  choisit son calife ? »  (p 21)

     

    Le mélange des   de régimes   antinomiques

     

    Nos auteurs témoins   disent la même chose  d’autres périodes :sous la Révolution,  sous Bonaparte, sous les consuls, sous les princes, et sous les présidents élus  ou non ; mis à part  l’Allemagne nazie qui est une singularité historique,  toutes les combinaisons sont possibles  et donc toutes les terminologies : «Par exemple ce que  Max Weber  appelle l’alliance naturelle ...mise partout en œuvre  de l’autocrate  avec les couches plébéiennes contre les couches de statut supérieur »  l’atteste  (Veyne p 154)

     Il n’y  a aucune limite claire pour  déterminer  si Rome relève de la république, du principat,  de l’autocratie,  du mécénat ou de la « démocratie » La différence est dans l’organisation et l’agencement : « la démocratie moderne  réunit les individus en les réduisant  tous à une même norme abstraite et égalitaire ; leurs avantages  personnels ..s’effacent  dans l’abstraction du droit public... tandis que dans la cité antique , ce sont des différences concrètes  et complémentaires  qui réunissent les citoyens (par l’évergétisme,  les notables , les riches s’ils veulent tenir leur rang  ont le devoir  moral ..le pain , le Cirque,  et des monuments publics »). La démonstration de P. Veyne , si elle veut convaincre,  doit de s’appuyer sur une immense enquête :  800 pages de faits politiques dans l’Antiquité, et  plus de 500  chez Goody. Deux regards aigus sur les formes politiques dans le monde et dans l’histoire qui ne  déploie que diversité, variétés de systèmes, y compris le républicain en l’occurrence, et où ne  l’emporte aucune légitimité particulière. Malgré qu’un continent, le notre, se soit  attribué une supériorité morale ou juridique à ce sujet.   

     

     

    « Regardons les faits et les  systèmes concrets »

     

    Là où Veyne dit : oligarchie, clientélisme, autocratie, Goody insiste sur « familles », clans, liens de sang, noblesse et féodalité  rapprochés dans l’Histoire ; il mettrait  la République, où le partage du pouvoir entre diverses bourgeoisies de gauche, du centre, ou de droite se  déroule généralement  sans problème,  autre que procédural. Là, la « succession » émerge d’autres règles : sélections  dont l’élection  est une parmi d’autres, (choix  fermés des postulants ,formation idoine).   Par conséquent, Goody et Veyne ne font pas de l’histoire politique définie à priori par une étiquette de « système »,  mais font l’histoire du politique, du fait politique, et  du mélange de « pouvoirs » que recèle n’importe quel  pouvoir qui  s’auto-definit ensuite en raison d’intérêts économiques du moment .

    En démocratie on  constate également une mosaïque de formes,  des assemblées aux fonctions disparates, de métissages de formules quant aux libertés, des concepts interchangeables.  Les valeurs sont un attribut  passe-partout,  il  y a des valeurs  proclamées ailleurs ;même le nazisme prétendait  à des valeurs ; ce fut la nature raciale  des  habitants ; or,  des républiques raciales nous en connûmes : esclavages, les  sous-hommes , les indigènes, les  métèques . Il y a  très souvent à l’oeuvre des critères raciaux dans les états du sud des USA, un racisme  rampant et même, un quasi fascisme dans les commissariats  des villes noires. Ce sont toujours des situations concrètes et des  rapports de forces  qui fondent au final nos valeurs.

     

    Le Droit accordé à telle ou telle population est une façon de s’opposer aux droits d’autres populations. Des zones d liberté ont existé en dictature,  des  autonomies locales  s’expriment  dans des pays aux règles  autoritaires et centralisées.  Contrairement au politologue,  le sociologue ne constate jamais  de pureté « juridique » , de natures d’un Droit, d’une essence  qui constituerait une hiérarchie morale. L’anthropologue  voit  lui pluralisme  de systèmes et de formules  en transitions.  La coupure substantielle est une illusion  supplémentaire de l’ethnocentrisme

     

     

    L’enquête de Goody

     

    En résumé, l’allégresse  dévastatrice  de Goody entamée il y a plus de 50 ans,  l’a conduit à combattre systématiquement nos  préconceptions.  Cette idée  roborative n’a pas  été admise. C’est pourquoi il  proclame de manière tonitruante le sens de sa bataille: « On reproche parfois à ceux qui critiquent le paradigme euro-centrique de se montrer virulents dans leurs commentaires. J’ai essayé d’éviter ce ton de voix pour privilégier l’analyse...Mais les voix qui résonnent dans l‘autre camp sont souvent si fortes, si péremptoires, que l’on me pardonnera peut-être d’avoir élevé la mienne » (Le Vol   p 9) 

     

    Ses derniers ouvrages auraient dû nous avertir. Ils avaient  déjà frappé l’opinion. « L’Evolution de la famille et du mariage en Europe »  fut un  succès singulier puisqu’il  y évoque la fonction de la parenté  en politique, sujet peu étudié et peu à la mode. L’Orient dans l’Occident fut  pareillement une surprise, à contre-courant. L’intrication  des liens, sur la longue  durée, d’événements migratoires y a été reconnue. Enfin son chef d’œuvre, Le vol de l’histoire a eu chez nous une   réception  plutôt  mitigée. Il faut  noter que le système éducatif, l’esprit  de rationalité et toutes autres « marques »  d’un occidentalisme orgueilleux et conquérant, confrontés aux autres  savoirs sur le  globe depuis un millénaire  supposaient de nombreuses  conditions de virtualités qu’il fallait attribuer d’abord à la supériorité de nos problématiques, de nos méthodes et des notions construites en des historiographies occidentales. En bref :

    1) Dans tout régime, quelque soit le territoire, l’époque, la complexité des liens sociaux, il y a toujours des » familles », des clans et des partis,  qui  commandent contre d’autres fractions. Depuis  un temps immémorial, il y a eu des familles régnantes, il y a eu des  groupes de familles qui ont dominé la politique

    2) Des religions  en concurrence organisent, cimentent  ces familles et « légifèrent »

    3) Des idéologues  légitiment, suivent et approuvent. Aujourd’hui  ce sont les  juristes qui disent le « Droit » des faits et des règles

     

    Avec des variantes temporelles ou celles de continents, une religion peut être un simple pouvoir : Etat religieux; une religion d’Etat ; une religion dans l’Etat,  une religion  au nom du groupe supérieur (royauté, féodalité, ville ou région).  Dans un Etat ou  ce qui représente un pouvoir d’état, il y a des pratiques très diverses : cultes, rites,  cérémonies, interdits ou prescriptions.  Tout ce qui structure dans la société  fortune, les rapports H/F, les enfants.  Dogmes, obligations,  règles de vie, relations aux autres : pauvres riches,   races, autres cultes, tolérance ou violence, tout relève  d’éléments politiques. Et    encore la religion  a été associée et a été une activité éminemment politique. Goody montre l’extrême variété de ces interférences de la religion dans la vie sociale sur 25 siècles  Mais ce n’est pas tout. La religion est aussi le plus souvent une organisation, un appareil  structuré, des personnels, des agents, des intermédiaires,  des lieux sacrés ou de personnes  sacrées ; en tout cas une puissance qu’il faut rémunérer et   à laquelle il faut se soumettre . Cette histoire du fait religieux montre aussi qu’il existe une  toute autre dimension au  religieux : la religiosité, intime ou non,  les pratiques  spirituelles privées. 

     

    L’Europe n’ a pas été le lieu de naissance de ces « modernités ». L’Asie en a fourni également. Goody  est allé très loin  dans cette voie rectificative. Le manifeste : « L’Evolution de la famille et du mariage en Europe »  ( dit EFE) décrit la fonction de la parenté  en politique. Politique et familles,  Eglises et  cliques, Politique et économies marchande et industrielle, démocratie et guerres, tels furent les thèmes aussi  de Braudel  avec des sources moins élargies et originales que Goody qui ajoute des données inconnues, il y a trente ans.  l’Orient dans l’Occident fut  aussi une surprise à contre-courant. L’intrication  des liens sur la longue  durée d’événements migratoires dans les deux sens a été enfin admise. Annoncée depuis quelque temps (par son ami Hobsbawm) , les anthropologues, historiens, sociologues du global,  inaugurent l’ère  de ruptures. En se confrontant à une situation   originale, la mondialisation des échanges scientifiques, l’Europe et l’Amérique  doivent accepter dans la douleur  de ne plus jouer  sur le terrain  traditionnel, mais  d’affronter  la dimension planétaire  globale.  Braudel en serait ravi ou interloqué. L’irruption de pays émergents offrit des données nouvelles modifiant la façon de faire de l’histoire politique par un mélange d’approches savantes les sciences sociales. La France en retard trouva peu des grands livres étrangers traduits avec dix ans  de retard hélas avec un faible écho,  malgré  des traductions de qualité ([4])  . Le vol de l’histoire a  posé à la communauté historienne,  traditionnellement forte, de nombreux risques d’éclatement quant à la supériorité de ses problématiques, méthodes et des notions  dans les historiographies occidentales. Ce qui  nous  interpelle dans le ce travail est que le capitalisme présent partout, dans le monde, et à toute «époque,  les liens qui le soutiennent,  s’épanouissent dans une politique toujours associée à  la famille et à la religion. Les deux sont liés par héritage et contrôle des mariages. Cela est visible  particulièrement dans son livre : « L’Evolution de la famille et du mariage ». Le rôle prépondérant de la parenté dans les affaires et dans la transmission des richesses initia par conséquent l’accumulation primitive. On vit  même  s’épanouir  un capitalisme ecclésiastique ! C’est justement  là qu’on voit  un modèle  bourgeois de la famille républicaine. On le pressentait aujourd’hui en constatant dans notre société  justement  l’épuisement d’une 3ème génération quant aux  valeurs  transmises à la  suite de changements économiques bouleversants. Les petits-enfants  qui ont hérité de leurs parents  vers 2000, chez nous,  n’ont guère à voir avec leur aïeux.   La génération issue de la Libération qui  a gouverné le pays  de 1945 à 1970 , a donné les clés d’élections et de gestion publique à leurs fils et cela a fonctionné  jusqu’en 2000 environ.  Ces derniers l’ont transmise à nos dirigeants actuels. Ceux-là,  sans passé, sans avenir, sans grande expérience, sont car sans idées, sans solution. Ils vinrent  plutôt du dehors de l’économie, eux n’ayant pas eu  à travailler  directement des affaires, des entreprises,  des sciences.  Nés en dehors  monde réel, ils furent formatés au moule  desséchant et terriblement stérile de Sc Po Paris,   Sorbonne, ENA. Par ailleurs, le trop plein de ces héritiers sans pratique a poussé les enfants de ces milieux  à migrer  sur l’échiquier des partis C’est  ainsi que la bourgeoisie traditionnellement encline soit à la gestion des âmes, soit à l’affairisme,  s’est introduite au PS, en se couvrant d’abord  de l’autorité et du prestige de Mitterrand ; ils  ont conquis  là, et annexé  ce parti,  dirigé depuis 2000,. En conséquence, bien sûr : aucun risque d’une réelle alternance puisque ce sont les mêmes familles et habitudes de pensée. Mais tout ceci est refoulé   au de là de toute expression   puisque la droite conquérante s’empara ainsi de la gauche, celle des partis, des syndicats, de la haute fonction publique, du monde de l’édition, des médias. Comme on le voit biens ces jours-ci. Ce phénomène  a  encouragé temporairement, comme je pus l’observer,  les sciences sociales sans contraintes de preuves, aussi faibles, moquées  et peu prestigieuse soient-elles 

     

    En considérant  la progression continue d’un système de   souches de pouvoir  et d’accumulation productiviste, Goody se  refuse à tout jugement   moral et il ne fournit aucun prétexte à une célébration  civilisatrice, un « décollage » économique  de nos sociétés. Les variables qu’on attribue à la réussite des peuples occidentaux, nous les  avons évaluées  à l’aune de données « intéressées » à confirmer nos analyses. Une complexification de la thèse de l’auteur est celle où il  révise le rôle de l’Eglise dans l’accumulation primitive: « La part de l’âme », la vente des marques de salut, la captations des donations bref la mobilisation par les Ecritures de toutes les sources d’enrichissement se trouva en contradiction avec  la vision téléologique de la naissance du capitalisme  en raison des représentations adéquates (Max Weber). Il y voit  plutôt l’importance des grandes institutions, en authentique matérialiste qu’il est, qui expliqua par exemple un capitalisme ecclésiastique qui  pourchassât  les sectes (Vaudois), les dissidences religieuses (les Cathares), celles, qui font voeu de pauvreté et dénoncent la richesse des clercs  au cours de la civilisation occidentale entièrement remuée vers l’enrichissement matériel. Duby avait salué cette démonstration : « Ce livre ne manquera pas de faire grincer quelques dents. Il est sûr que la distance est grande entre les préceptes de l’autorité ecclésiastique en ces matières et les préceptes de l’Ecriture.. Il est sûr que la doctrine ecclésiastique du mariage avait pour avantage d’assujettir l’aristocratie laïque au pouvoir spirituel...Mais l’immense transfert de propriété que j’ai désigné comme le mouvement le plus puissant qui ait animé l’économie européenne au Xè et XIè fut déterminé non moins directement que d’autres effets de la christianisation » avait-il écrit en 1985. Cette rectification au sujet  des dévolutions de biens domestiques (n’est pas ce qui nous intéresse le plus  ici ; ce sont  les systèmes politiques  quoique pas de familles sans eux. La famille  est la politique primaire  il existe une politique des mariages  même à bas niveau de dévolution. Les questions  de filiation  à contrôler strictement est l’objet du Droit privé Patrimoine, alliances  héritage  sont réglementés dans tout régime depuis des temps très anciens Le mariage  est un aspect d’actualité (par  adoption ou GPA ou mariage  de même sexe) une des questions électorales sensibles lors des primaires de cette présidentielle. L’emprise de l’Eglise sur les règles de filiation et du mariage qui firent d’elle le plus grand propriétaire terrien du Moyen Age,  est toujours en pleine actualité ! La Grèce moderne  qu’on présente en quémandeurs monétaires insatiables d’aides de Bruxelles devrait faire réfléchir. En Europe une branche actuelle de la Chrétienté, l’Eglise Grecque orthodoxe de rite byzantin, le plus important possesseur de terres du pays est exempt d’impôts. Chacun de ses gouvernements, se doit d’être béni par l’archidiacre pour être  légitimé et validé par les partis,  y compris socialistes (appartenant à l’Internationale) !

    Par un effet de choc et  pour un éclairage moderne, voici une définition républicaine  (en vigueur lors du début de la 4ème ).  Ce qui a un rapport à aujourd’hui avec la fin de la « participation citoyenne au pouvoir » par le  biais  des élections ; 10% d’abstention au commencement de cette période ici décrite,  et les 60% contemporains ([5] ). Un passage en 60 ans d’une république  mi –ouvriériste,  à une qui est manifestement anti-ouvrière). La preuve : « Il n’y a  pas de progrès véritable si ceux qui le font de leurs mains ne doivent pas y trouver leur compte. Le gouvernement de la libération entend qu’il en soit ainsi , non point  seulement par des augmentations  de salaires  mais surtout par des institutions qui modifient  profondément la condition ouvrière.....Encore, le plan que je me suis formé va-t-il  bien au-delà de ces réformes d’ordre matériel. Il vise à attribuer aux travailleurs, dans l’économie  nationale,  des responsabilités qui rehaussent de beaucoup le rôle  d’instruments où ils étaient, jusqu’alors confinés. Qu’ils soient  associés à a marche des entreprises , que leur travail y ait  les mêmes droits  que détient le capital, que leur rémunération  soit liée, comme le revenu des actionnaires aux résultats de l’exploitation... Ces transformations, si  tendues qu’elles puissent être, sont réalisées sans secousse .Certes les privilégiés les accueillent  mélancoliquement. Certains s’en feront même de secrets griefs plus tard » .De qui est-ce ?  ([6])

     

     

    Autrement dit: comment passe-t-on de 10% d’abstentions de 1945-1948  à  60%, 80 ans plus tard. Alors même république  populaire à anti-populaire  qui ne fait aucun effort afin de faciliter matériellement le vote par moins de formalisme et même creuse les obstacles et  aujourd’hui à des votes dits dangereux (handicaps  identiques et résolus en 1945-47 dus à des transferts de populations, de problèmes de prisonniers, de la mobilité des  citoyens sans logement). Mais là, à ce moment, tout  a été fait pour les intégrer à la  communauté et non les rejeter ou les éloigner par un excès  de rituels lourds ;

     Démocratie et capitalisme    

    Finalement, que nous apprend Jack Goody ?  Qu’il y a d’innombrables « rationalités »  démocratiques. Comme il y a de nombreuses variantes du capitalisme mondial, (le système  des  USA est différent de celui de l’Europe). Il y a  également – ce qui nous aveugle- plusieurs  branches  dans le capitalisme  chinois  qui n’ont guère de rapport avec le notre. En considérant cette question comme ouverte et centrale,  en prolongeant l’idée d’un capitalisme  multiforme aux variantes qui se  surveillent ( capitalismes américain et  chinois  s’observent et interfèrent) et les démocraties  comme régimes  variés , datées qui se combattirent en Europe  à la poursuite  de fins éternelles de l’ enrichissement, on est susceptible de traiter  toutes ce sociétés sur le même plan. Elles  produisent, échangent, s’approprient des savoirs et des biens par la force ou l’imitation. Que  tout régime soit un mélange de « dictature », de procédures dites démocratiques, de systèmes autoritaires d’exploitation de populations subalternes,  et donc un mode de construction de  légitimité de domination, est un truisme. Les uns se centrent sur « classes » les autres sur castes, sur  « familles » ou clans,  ou encore  nations ou religions. Une constellation inclassable donc  de cas ([7]). Aveuglés nous sommes, car nous ne savons   pas nous déprendre des catégories  des sciences Politiques ; si nous adoptons les concepts de Sciences Po, nous appliquons les schèmes de ceux qui les financent : Sondeurs, éditeurs,  partis, presse,  etc. Si nous voulons nous libérer,  alors comme l’auteur, faisons un enquête mondiale de ce  que l’histoire a  créé en formules de pouvoir,  de répartition de l’autorité et de sa transmission.  Sans savoir empirique large : pas de compréhension possible ! 

    Jusqu’au « Vol », Goody n‘avait qu’incidemment porté son attention sur les régimes politiques de grands Etats modernes  et sur les rapports intérieurs de leur redistribution de la richesse. Néanmoins il les avait abordés ainsi qu’on l’ dit, par  le biais de la parenté. la famille  inculque les liens d’allégeance Mais il  n‘avait pas omis de signaler les familles dominantes riches et  l’organisation de  cités antiques qui furent toujours un modèle, que ce soit pour la naissance du capitalisme ou pour  la structure des cités en groupes de familles. Et il nous a rappelé que l’Eglise  fut un intermédiaire puissant de la diffusion  capitaliste : pas seulement  la diffusion, mais l’invention d’un capitalisme de groupes associés et hiérarchisés (Templiers, Ordres temporels) .   

     Selon l’auteur, l’impérialisme  historiographique occidental se  développa au rythme   de l’apport colonial et des échanges marchands (l’Algérie entre autres fut  un élément  essentiel de l’accumulation en France).  Une tradition démocratique  qui puisse se déclarer authentique, sans  trop de scrupules contradictoires, se mit en place  qu’à la condition   de la stabilité d’une minorité : cet impérialisme a suscité l’intérêt des classes dominantes quand elle put maîtriser  le résultat incertain des votes : les démocraties inventèrent plusieurs  contrôles : l’octroi de plus de voix aux riches  et à des citoyens  choisis ;  limite du vote aux zones rurales réputées conservatrices etc.. . Des mesures préventives par la création d’une deuxième Chambre ou bien la limitation des pouvoirs des élus par renforcement de  l’exécutif  furent, ailleurs, considérées.  Bismarck institua un « universel » à trois niveaux  pour prévenir  l’autorité d’une des 3 assemblées. L’Angleterre institua une Chambre élue compensatrice par une assemblée héréditaire. Sage précaution, pensa-t-on, tout au long du 19è, pour  contrôler la masse électorale erratique et les votes populaires dangereux. En France : découpage  favorisant les  majorités rurales (Sénat), prévision  des collèges électoraux à plusieurs étages. On a même imaginé  donner des voix  aux seuls citoyens instruits (Belgique, Pologne,  Italie) ou des voix supplémentaires  octroyées aux représentants de l’Université  ( en Grande Bretagne). On a retardé  l’avènement  de l’isoloir afin de faire pression et  intimider des citoyens aux votes « extrémistes ».On a retardé jusqu’en 1913,  le vote secret  au Danemark ou en Prusse .On a compliqué les procédures d’inscription  pour certaines catégories  géographiquement mobiles en France.  L’imagination n’a jamais manqué pour  contrôler le vote. La plus subtile  des mesures   discriminantes fut la complexification matérielle du vote,  conçu comme réservé aux sédentaires, identifiés par un logement stable.  Pendant  le XIXè, le mouvement ouvrier perçut le refus du suffrage  universel comme une sorte de réflexe  de résistance contre une duperie construite  au long  de 50 ans. Il n’y rien de surprenant que, sous une forme peu théorisée,  l’abstention  ait été assimilée au freinage  industriel et condamnée moralement par ceux qui  gouvernent   grâce au vote. En général,  la population qui s’abstient, vise d’autres moyens d’action. En comptabilisant les abstentions, stricto sensu, les non- inscrits (15%), les  votes blancs, et en y ajoutant les non recensés ([8] ) des résidents en tous pays, le vote demeure toujours minoritaire dans nos démocraties Goody  attire l’attention sur  les « votes universels »  d’ autres types de démocraties

    L’eurocentrisme est plus qu’une variété de l’ethnocentrisme ; c’est une idéologisation de la puissance. « Plus j’ai examiné d’autres facettes de la culture eurasiatique, plus je me suis familiarisé avec certaines parties de l’Inde, de la Chine et du Japon, et plus m’est apparue la nécessité de comprendre l’histoire et la sociologie des grands Etats ou « grandes civilisations eurasiatiques comme autant de variations mutuelles » ([9] ). Il en tire les conséquences:« L’oubli des autres est la négligence obligée de ceux qui s’installent dans la position dominante : organiser l’expérience en fonction de la place centrale  que l’on s’adjuge ;  qu’ils soient individu , groupe ou communauté , tous   manifestent  un  préjugé qu’on  impute sans surprise aux Grecs et des Romains : « Toutes les sociétés humaines affichent un certain degré d’ethnocentrisme  qui conditionne en partie l’identité personnelle et sociale  de leurs membres ...Mais l’Europe n’a pas inventé l’amour, la démocratie ni la liberté  ou le capitalisme de marché, elle n’a pas non plus inventé l’ethnocentrisme... Deux raisons évidentes : l’autorité que conférait la diffusion de l’alphabet grec et secondairement, l’eurocentrisme fut aggravé  par les événements ultérieurs  que connut le continent européen, l’hégémonie mondiale exercée dans diverses sphères et qu’on a souvent tendance à considérer  comme ayant existé de tout temps »...« Je préfère dire quant à moi de la bourgeoisie qu’elle fut un phénomène international ». En concluant, il  dira : on « leur » a volé leur Histoire, maintenant il faut la rendre.  Le sens que nous avons donné, parmi d’autres significations possibles, à  « démocratie », s’apparente au fixisme obsédant: « C’est une chose nouvelle que cette préférence inconditionnelle pour une forme donnée de gouvernement au mépris de tout contexte.La Grèce  ou la Rome antiques connurent au fil du temps d’importants changements de régime -on passa de la démocratie à la tyrannie ». De la république à l’empire ; exactement comme en Afrique  depuis l’indépendance. Même en Europe ce ne fut pas  avant le XVIIIè siècle que commença à se répandre  l’idée que la démocratie  constituait la seule forme acceptable de gouvernement. L’Europe connut aussi plusieurs changements de régimes, certains violents, impliquant le recours à la force, et d’autres non....En somme, la possibilité de changement  de mode de gouvernement existait dans les régimes  antiques et la démocratie n’était qu’une des formes que ce changement pouvait prendre »([10] ). Ce principe de recherche   (notre schème)  entrouvrait le début de la prise de conscience contemporaine ; mais il restait à accomplir le gigantesque  travail d’identifier les bourgeoisies existantes dans chaque pays et leur mode de concurrence. Tache à laquelle la sociologie politique a «  naturellement »renoncé

     

    Si on a suivi  la totalité de ce raisonnement comparatif, il apparaît une continuité   entre Dunn, Goody, Evans,  tous  de Cambridge, tous élèves de Finley. Ils ont, tous, donné leurs œuvres-phares après 2000,  en fin de carrière, lorsque, parvenus  au sommet éditorial,  ils n’avaient plus qu’à gérer une fin de parcours  très honorable. Or, ils ont profité de la conjoncture  présente d’incertitude et d’effet critique,. Il n’est pas  sûr  que les changements déclarés ailleurs seront  confirmés, car le sentiment fréquent de vivre une « Révolution » n’entraîne pas automatiquement un changement.  C’est pourquoi  j’insiste  sur la fin de plusieurs républiques en critiquant le formalisme  de la sociologie politique occidentale.    

     

    Tout régime politique, quel que soit son autodénomination est composite ; il ne peut être catalogué  selon le  dessein des intellectuels, dirigeants, juristes, constitutionnalistes ou historiens et sociologues. Dans les passages précédents on a vu qu’au  début de la 4ème rep française et  la fin de la 5ème  n’y a  que peu de points communs sinon formels : la marche des institutions  et le respect des codes électoraux. En effet  les mêmes familles, grossièrement dit, issues de la bourgeoisie de gauche et de droite, ne gouvernent pas officiellement de la même manière sur 70 ans où 2 ou 3 générations se succèdent avec profils identiques, des formations en apparence  différenciées quoique avec des pratiques communes et des résultats   proches

     

    La révision de nos   certitudes , portée par J.Goody,  interroge  le  devenir des  civilisations et  peuples que nous étudions.Comment  perçoivent-ils  le fait que nous ayons toujours associé capitalisme et avènement de la démocratie (individualisme, organisation  libérale, « rationalité » de l’action )? Pour notre génération nous avons appris à l’école, que hors du capitalisme libéral il n’y a pas de démocratie.  Pour nous, aucune autre « démocratie »  (quelle soit « asiatique »,   antique, africaine) ne mérite ce terme si elle n’adopte pas en même temps le capitalisme libéral sous la forme que nous avons définie. En effet la « Démocratie » est devenue le meilleur lit d’un capitalisme  hors contrôle.  Nous avons balayé d’un revers de main, les « démocraties », où le  partage du pouvoir entre noblesse, élites, clans professionnels ou autres partis héréditaires se réalise de manière relativement pacifique et  contrôlée, hors de l’influence du « peuple ». Le  spécialiste reconnaîtra aisément des thèses ayant  été diffusées  en France dans les années 1970. Il s’agissait de décrire tout régime  comme élitiste, délégant à une partie  des catégories sociales dominantes  (Citoyens en Grèce, seigneurs et féodaux en  monarchie,  élites lettrées ailleurs, clergés, castes bourgeoisies de toute tendances laïques ou religieuses  pourvu qu’elles soient des catégories  possédantes) une fonction « de droit » de direction naturelle  à la condition de partager « équitablement » entre des postulants  déjà sélectionnés (université par exemple). Et ce sont ces candidatures qui, depuis l’Antiquité,  signalent la formule démocratique  choisie,  réglant à l’amiable les rivalités de prélèvement des profits par les diverses fractions.  « Comment avons-nous été capables  de devenir les hérauts de la société moderne » ?  se demande  le vieux professeur de Cambridge ( [11] ) 

      

     

     

     A la mémoire des Républiques  disparues  

    Les héritiers occidentaux  que nous sommes,  parviennent difficilement  à convaincre les jeunes pays  des avantages de  l’impérialisme  républicain!  Parce que,  hier  et depuis  2 siècles,  notre sens  de la démocratie  était basé sur la « puissance de feu », notre impérialisme   se fondait sur un savoir prétendu supérieur  au sujet  d’un modèle de gestion  de conflits économiques et de partages internes  propres à toute société! « S’il est vrai que l’Europe en elle-même est venue à constituer une exception au XIXè siècle , rien n’indique clairement  qu’elle se soit écartée  des autres grandes civilisations  avant cela, sinon par sa supériorité à l’époque des « grandes découvertes » -supériorité sans doute liée aux innovations technologiques en matière de « voiles et de canons » ainsi qu’au système de caractères mobiles, grâce auxquels  elle parvint  à adapter l’imprimerie( utilisée depuis longtemps en Chine) à son écriture alphabétique....([12])

     Nous avions réduit l’autre monde (en bref, tout ce qui n’était pas « Occidental ») au statut, au mieux de témoin admiratif de notre supériorité, plus souvent au statut de  victime à spolier. Nous avons continûment asservi une partie des indigènes exploités, sujets au travail forcé,  main d’œuvre  utilisée aux fins d’accaparement de matières premières. Pour cela nous  avons cherché des élites locales pour en faire des alliés possibles. La prééminence du mode de travail capitaliste développé nous  a donné une  supériorité  autoritaire temporaire. Cette supériorité est   à son tour  contestée  par d’anciens colonisés qui comme la Chine ; l’Inde, le Brésil ne se satisfont plus de déséquilibre, ne s’intéressent pas à sa pérennité et le manifestent dans des représentations politiques qui n’ont plus que de lointains rapports  avec la  mythologie    que nous avions créée au 20è siècle, une  construction savante de la supériorité économique et politique, essence de l’ occidentalisme,  issu de l’enracinement dans un type de pensée , le « génie » Grec et Romain :« En d’autres termes un avantage historique bien circonscrit est transformé en une supériorité  de très longue date, voire une réalité permanente, presque biologique » (l’évidence  du dérapage date de  l’invention du « racisme »  vis-à-vis de populations « blanches »dites  inférieures , attardées ).  L’idée de la singularité  unique  de l’Occident se réduit alors à  la « question  que les historiens occidentaux devraient s’adresser à eux-mêmes : «  comment avons-nous pu écrire cette histoire-là ? » 

     

    Dans ce schéma où est  « le peuple » ?

     

    S’il y a toujours, en république française,  une variante  bourgeoise en position  d’échanger l’autorité avec les autres fractions,  une violence en vue de rester dominant est susceptible de s’installer. Au cours de laquelle le « peuple » est parfois appelé à jouer un rôle d’arbitre, temporaire et sans précision de condition promise. Cette obscurité, dont témoigne l’euphémisme constant  de dénomination :Demos, populo, plèbe,Tiers-Etat, prolos, masses, révèle l’embarras du catégorisable. Différents termes, différentes populations, différentes notions .Par ex. citoyens mais quel sexe, âge, nationalité, résidents, travailleurs, hommes « libres », votants ou simples inscrits électoraux....Aucune probabilité d’accord qui permet à tout acteur politique, journalistes, commentateur de bénéficier du non-concept, pour toutes les figures  rhétoriques ou  les sophismes de langage. A l’exercice, ce discriminant  sert à tous amalgames  dont la  « communication » s’est faite   le prototype  à travers l’invention du sondage  ... comme Rome avait la pythie !!

     

    Goody, Dunn, d’autres ont démystifié   le pouvoir au peuple, belle « formule » allégorique,  instrument artificiel puisqu’il  réduit à sa plus simple expression  le rite électoral édifiant. Pour maintenir la confiance,   la grande tradition libérale sceptique aspire à ce que les députés  vérifient par des referendums,  l’accord général. La démocratie devrait  exiger une procédure adaptée  visant à améliorer constamment  les  actes de représentation. « On pourrait dire que la seule  mesure à même de garantir la démocratie serait la capacité des citoyens  à révoquer  leurs représentants lorsque ceux-ci cessent de les représenter. Ainsi la volonté du peuple  pourrait renverser un gouvernement qui s’apprêterait à entrer dans une guerre en dépit de l’opposition de la majorité des citoyens. Si cette possibilité de « véritable démocratie »   avait existé, bon nombre de gouvernements européens se seraient écroulés au début de l’invasion de l’Irak »([13] ). On en est loin. L’Etat  partout prééminent impose  non une démocratie primitive   caractérisant de petites sociétés, mais une logique  totale (ou parfois totalitaire) où  il représente automatiquement la société, la justice, la liberté, l’autorité.  Les citoyens,  quant à eux, sans  contrôle possible, ressentent leurs relations  avec  cet Etat comme un des rapports de  forces possibles,   dont la majorité  se sent exclue. La légitimité à aspirer  être élu, acquise à la naissance, par l’Ecole  ou  par   titres élitistes, clientélistes, sont occultés par  la règle républicaine. Or,  ce fonctionnement étatique peut devenir anti-démocratique et son administration peut favoriser telle ou telle catégorie. Sans reforme  du scrutin, sans vérification régulière de sa légitimité, la république peut évoluer  vers des formes abâtardies, injustes, soumises aux nombreux poisons que véhicule  le capitalisme et qu’il diffuse sous des activités anodines de redistribution formellement équitable, y compris  la justice sociale qui peut se transformer  graduellement en son contraire, un élément de l’injustice sociale. 

    Les Droits du citoyen, en raison des modalités  d’application  choisies concernant l’égalité devant la justice, la liberté d’opinion, de religion et d’expression sont susceptibles de se transformer en  prohibition de fait. L’accès  aux hautes fonctions publiques est garanti mais cela peut se révéler  un leurre, au vu des handicaps des uns et des privilèges des autres. Il faudrait vérifier au cas pas cas, l’origine des postulants aux postes électifs. Si ce que les fondateurs ont appelé la liberté d’opinion se constitue  en oligopoles privés  par la propriété des grands groupes capitalistes dans les médias  (possession de la presse qui devrait être interdite ), alors l’opinion libre risque d’apparaître comme un simulacre. La démocratie suscite toujours par la force des héritages et du droit civil, des  normes et des pratiques que l’histoire a retenues comme inéquitables (favoritisme, népotisme, corruption) .Par conséquent, si on ne  contrôle pas sans cesse les modes d’exercice des principes  intangibles,  ceux ci peuvent être retournés aisément par une oligarchie républicaine. Et, c’est ce qui s’avère  quand on accorde quelque crédit  aux faits et  aux perceptions quotidiennes. Les citoyens, mis à part une petite frange,  sentent l’impuissance à les rectifier.  Dans ce cadre, la liberté d’opinion   surveillée par des groupes de presse puissants ou des monopoles de fait  est menacée.

    Tout cela  est largement connu  sans  qu’aucun effet   critique institue des groupes spécifiques  de surveillance de l’application. Dès qu’on voit apparaître un  début de réserve  de la part d’associations privées ; une fraction de l’élite  s’empare du problème  et s’érige rapidement en juge de la  légitimité de  sa propre capacité  et pour quelques-uns d’entre eux, à juger  d’autres juges qui appartiennent au même milieu. C’est un cercle vicieux. Qu’il s’agisse,  des  constitutionnalistes  mandatés  ou des commissions, genre CSA,  la République  élabore une corporation au coeur du jeu, intouchable,   non élue, de  contrôleurs ou de surveillants ou des  commissions ad hoc qui calment l’affaire.

     De réels, les droits sont  devenus, du fait de  la main mise des juges et des avocats, des sortes de voeux pieux. Ces procédures et ces choix sont devenus  le cœur du système constitué,   où le poids de la fortune et l’origine  domine les sélections « démocratiques » aux hautes fonctions. C’est ce système qui arbitre les intérêts contemporains des fractions partisanes,  les clans régionaux ou  de professions fortes  qui pouvaient laisser la porte entrouverte à des intrus  éventuels  compensateurs, issus des sagas d’ascensions au « mérite » venus d’en bas.

    Or, la  crise financière passée par là,  les  dettes de l’Etat crées  par les dispositifs où les agents du privé distribuent une part notable de l’aide publique,  aggravent la  stagnation  des hiérarchies sociales. La colonisation et l’Empire ne sont plus les ressources  qui  permettraient, comme hier, des largesses  aux self made men, un avenir aux affairistes, des compensations aux frustrés de la fortune. En 1958, en France, du fait  de la guerre  coûteuse d’Algérie, la quatrième république est morte brutalement à la suite des infortunes d’endettement  et de la limitation de prébendes.  Déjà, dès 1793, le coût de  l’entretien  de l’armée,  la fin des pillages par des officiers, les retombées réduites aux fournisseurs en campagne provoquèrent  une dépréciation de la monnaie et la crise de confiance de la part de prêteurs (inflation, assignats, banqueroutes).

     

    Or, en ce moment, par impossibilité de mobilisation autour d’un projet vigoureux et excitant pour la jeunesse  des classes aisées, une intégration quelconque  des scolarisés, un espoir d’ascension par conquête ou guerre,   une  mobilité sans croissance,   tout ceci cumulés fait ressortir les limites de cet Etat et  de cette république constituant une  menace inédite et redoutable. 

     

    Et c’est pourquoi,  chose incroyable :    Marianne est nue ! 



    [1] Le vol  de l’histoire ; comment l’Europe  a imposé  le récit de son passé au reste du monde . Gallimard 2006. Goody  n’est pas un inconnu en France (14 livres traduits) Mon texte écrit en 2015 avant son décès, en  2015  a été   lu et encouragé par lui   dans son dernier mail 

    [2] Paul  Veyne l’Empire Gréco-Romain Seuil, 2005  P  21,28-29  et p 92

    [3]  Pierre Souyri Moderne sans être occidental ; Origine du Japon  Gallimard 2016

    [4] Malgré un rétrécissement des intérêts de l’édition, y compris de prestige car, là où ils ont été  publiés,  ces ouvrages  furent  peu soutenus  ; les éditeurs   se sont  satisfaits d’un  effet  vitrine   

    [5] Parmi ces 60% : Il y a  bien d’autres moyens de politisation  et d’actions  créatrices chez  ceux qui refusent du vote ; aussi respectables que les autres.  Nous n’avons pas à les décrire ici  (mais on sait  les trouver en faveur des migrants, l’action locale, associations de bénévoles,  la politique de quartier et de groupes de travail etc..)

     

    [6] Du Général De Gaulle bien sûr ! une fraction de bourgeoisie  nationaliste et patriote parmi de multiples  variantes Mémoires de guerre : le salut 1944-1946, Plon , 1956 p 119

     

     

     

    [7] Les deux états les plus riches de ce monde (PIB par habitant) sont deux Etats ultra-religieux et  alliées : Amérique et Israël. Les états européens les plus conquérants le furent  sous le signe de la  religion et à son nom  jusqu’au 18è, dans  l’ Europe puis les Etats-Unis.  La richesse des Nations et des Eglises  sont concomitantes.  Les deux plus grandes religions en adeptes, biens matériels ( formations richissimes parfois)   sans support territorial   sont de paradis fiscaux et possèdent  des banques. Leurs   milliardaires ou  nababs influencent le devenir économique du monde au quotidien et sur la durée. Le Vatican est un des plus grandes forces financières au monde, ainsi que les pays autour   de l’Arabie saoudite (et émirats)

    [8] Une part  échappe par défaut de volonté  aux enquêtes  et aux recensements de l’INSEE  qui a un taux de couverture  démographique correct lorsqu’on  calcule la sous estimation probable à 4% de notre population ; ce qui est faible par rapport à d’autres grands pays comme les USA, La Chine ou la Russie où probablement  c’est le double. Modes de  comptage où tout   Etat peut tester sa  légitimité

    [9]  LeVol p 103 

    [10] Le Vol p 363

    [11]  Selon J. Goody :« Braudel, lui-même, semble, attribuer à sa propre culture «  ou peut-être à sa mentalité » une place élective.  Il est vrai que, dans bien des sphères, le changement intervenu depuis la Révolution industrielle semble avoir été plus rapide en Europe, mais rapporter ce changement à une temporalité de la culture relève d’une démarche a-historique qui esquive les preuves ».  IL ironise sur « les éminents historiens » apologistes de la montée de l’Occident ; il évalue le coût du systématisme de Marx ou de Weber. Le capitalisme romain, le féodalisme  ne furent pas inconnus ailleurs.  Il note le recul des universités du Moyen Age, et celui de l’enseignement en Europe sous l’influence de l’Eglise catholique, militaire et régressive, une particularité de notre histoire contre laquelle l’humanisme se battit avec des succès mitigés à l’égard  du « modèle téléologique».

    [12]  Le Vol p 228

    [13] Le Vol  p364


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  • Voir à la fin de ce chapitre l'article encore non publié (il fait grincer des dents...!) de Brochier


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