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  • Eternels  Migrants et Ignorance tenace
     
     
     Le racisme commence avec les vocables incorrects et les notions confuses exprimant le refus de savoir des élites puis ensuite de la nation
     
     
     La Méditerranée, domaine d’asile et de migrant : maëlstrom depuis deux mille ans à la circulation intense. Tous les peuples ont tourné en multiples sens dans tout le Proche et Moyen Orient. Hier, les Grecs, les Phéniciens, Romains, Francs, Lombards, outre de multiples peuples différents qu’on confond avec le terme Arabe en masses indistinctes : hier les Byzantins, les Perses, les Berbères, les Ottomans, les Maghrébins, qui se battent ou échangent Marchandises ou Migrants en tous sens. C’est le sud qui vient au Nord après que ce fut l’inverse (Croisades, Napoléon, partage occidental de la Syrie de l’Irak et tout le Proche-Orient maintenant occupé depuis 1945 par un émissaire direct de l’Occident : Israël) ! Il faut lire l’Histoire de la Méditerranée de J. Carpentier et F. Lebrun(Seuil)
     On confond une dizaine de peuples très différents par l’histoire, la religion (plusieurs types d’Islams), les langues (pas plus de rapports entre elles que toutes les langues européennes qui ont le latin comme mère lointaine). L’arabe littéraire, l’arabe du Livre dans ce mélange est la langue des élites, la langue de référence mais les langues parlées dites Arabes, sont nombreuses et n’ont que des rapports lointains entre elles sans être des dialectes nationaux. Il y a au moins une dizaine d’« Arabes » parlés  aujourd’hui. En confondant ces données historiques ainsi qu’en ne distinguant en religions que shiites et sunnites, on commet d’énormes bévues politiques. Typiques comme celle qui nous fit croire que nous avions vaincu et chassé les « Arabes » à Poitiers. Alors que c’étaient des Berbères, justement l’ennemi juré des premiers (voir le numéro 446 et l’article de G. Martinez-Gros dans l’histoire)
     Mis à part quelques centaines d’érudits qui connaissent ces langues arabes variées, les journalistes incultes et les politiques mettent tout ça dans le même sac. On sait les catastrophes qui en découlent. Que sort-il au sein de notre information et politique ? rien ! aucune leçon retenue du passé d’erreurs, aucune réflexion. L’incapacité, la faible compétence dont sont victimes des peuples arabes, si différents pourtant par leurs langues, leurs religions au sein de l’ensemble dit Islam et par leurs cultures ressemblent à celles des Américains qui débarquent en Europe et qui ne voient pas de différences entre un Suédois et un Portugais ; ils perpétuent d’effroyables bévues commettant des jugements politiques aberrants.
     Dans le chaos actuel au Proche-Orient, on voit surgir l’insuffisance crasse des médias et informateurs (radio, télé, presse, personnalités, élus). Personne ou presque pour rappeler l’Histoire ; que le pays de Bachar est lui-même divisé entre tendances irréductibles et insolubles, que « Syriens » signifie surtout amalgame d’erreurs et d’approximations induites par la terminologie.  Quelles différences, les enquêteurs, les commentateurs expéditifs font entre la trentaine de groupes ethniques ou de sectes dites islamistes, la douzaine de peuples distincts par l’histoire et les coutumes ou la diversité des langues parlées ? Aucune !  Quiconque s’approche de cette extrême division du monde arabe est saisi de notre manque de connaissance surtouts en France où l’ignorance est un culte, bon chic et bon genre, du style Sc Po ENA. Quand je « visitais » pour voir le camp de Calais,   on se rendait compte combien la non-saisie des différences entre « Arabes » est préjudiciable à notre entendement. Quelqu’un qui serait allé, jeune, en Algérie sait bien qu’on ne peut comparer un Mzabite avec un Kabyle, un Bédouin avec un Oranais, que leur histoire interne est complexe et divergente ainsi que la langue, leurs pratiques ou croyances religieuses. De même sans rien savoir de l’histoire des Omeyades, des Abbassides, des Andalous, des Ottomans, des Alaouites etc, on met tout ça dans le même sac syrien et… vogue la galère de notre « désinformation » usant de tout ce qui permet d’engendrer  puis de répandre l’ignorance arrogante bonne à diffuser dans notre société actuelle fermée aux migrants d’hier et de demain, une vision   européenne où surnagent les préjugés et l’hostilité à l’égard de ceux qui  cherchent à savoir avant de juger  
     
     Enfin… heureux sont les simples d’esprit qui abondent dans notre culture moderne dite éclairée ! Si le mot malheureux d’Arabe ou d’Islam permet toutes les confusions cela est peut-être l’effet recherché à des fins intéressées mais a des conséquences graves. Heureusement pour le symbole de notre passé cultivé, il reste quelques milliers de personnes chez nous pour respecter la connaissance, voire l’érudition, apprendre une des langues arabes, avant de parler pour ne rien dire. Ne pas penser, ne pas réfléchir se  fonde sur le non savoir. Nous commettons la même erreur avec l’autre inconnue de la planète quand on dit « le monde Chinois ». Mais là, on le paiera cher et cash. Quand on réfléchit au fait qu’un milliard et demi d’hommes ou presque sont amalgamés et appelés du même nom géographique, alors qu’on en ignore tout : les langues variées, les cultures internes, les croyances spirituelles. On mesure la vanité et le ridicule de nos juges  ou tribuns quand il n’y a en France qu’une dizaine de milliers de sinologues  qui eux ne traitent pas des centaines de millions de Chinois comme si c’était une entité même s’ils constituent une large palette de fédérations de Républiques 
     
    Malheureusement l’école, les médias donnent l’exemple de la suffisance et de l’aveuglement ; cela nous permet de nous exonérer de toute curiosité et du travail d’apprendre  avant de savoir. En tout cas notre méconnaissance est hallucinante. On se permet de juger des cultures millénaires et les situations inextricables actuelles, à l’aide de quelques stéréotypes et clichés.  Cela permet aux radios, télés et autres médias de nous raconter n’importe quelle absurdité tous les jours et nous…marchons, nous nous croyons informés et cultivés. Heureux les imbéciles arrogants ! Je souhaite à nos enfants et petits enfants des commentateurs et des politiques plus intelligents et cultivés. Mais cela n’arrivera pas… c’est le genre Trump qui nous guette !  
     
    Dans notre univers occidental étriqué, en pleine régression, on saluera donc le courage, dans la lutte contre les préjugés, de quelques spécialistes ès mondes étrangers, ceux qui ont appris les langues étrangères et l’histoire des autres continents.  Saluons aussi les quelques centaines d’amateurs qui tentent avec peine de s’y reconnaitre dans ce chaos et nous informent autant qu’ils le peuvent. Parmi eux, je salue en particulier les militants de Mulhouse Eric Chabauty et Pierre Freyburger auteurs de l’enquête « la Dérive du continent », (Médiapop éditions 2017) qui ont eu le courage d’enquêter sur place; tout comme le spécialiste connaisseur M. El-Miri (Université d’Aix) qui passe plusieurs mois sur le terrain 

     

     

     

     

     Dormir dehors

     

     

     

     

     

    Selon Thoreau, marcher en forêt c’est désobéir (Rousseau le grand marcheur le pensait aussi).

     

    Pour moi dormir à la belle étoile quel que soit le temps c’est aussi ne pas obéir aux lois de conformisme, des conventions et des contraintes du besoin de confort. Pas besoin d’aller dans le Massachusetts ou dans les forêts de Sibérie… pour sortir des sentiers battus et des excès du modernisme

     

    Ne pas obéir compense et justifie le refus de la protection artificielle des villes, de la chaleur de sa maison et le refus de se sentir mouton, noyé dans la masse de la foule anonyme. Dormir dehors signifie une perception très différente de la nature, du monde minéral ou vivant. Cela commence dans l’enfance par apprivoiser les bruits étranges nocturnes, par retourner la peur du noir en amitié solide avec l’obscurité, par rencontrer peut-être sans les craindre, nos fantômes intérieurs. En dormant dehors, on maîtrise quelques heures son destin loin des horaires et contraintes des « effrois » de notre temps. Il y a longtemps que je pris cette habitude pour me débarrasser des miasmes de la civilisation organisée jusqu’aux minuscules détails de notre vie. C’est pour ce genre d’éducation, qu’adepte régulier de cette pratique, j’y mène souvent mes enfants ….ou des amis curieux de cet univers inconnu qu’est la nature, la nuit. Tout s’y transforme : des bruits aux perceptions des couleurs du soir ou du matin, et bien sûr la meilleure connaissance de la vie sauvage, celle des animaux

     

    Sortir la nuit de chez soi, c’est sortir de soi, de la protection artificielle de la civilisation : c’est penser librement. La situation nocturne y convie .Partir seul à l’aventure dans un coin peu habité, voire désert, c’est se consacrer à l’essentiel ; construire ou aménager son abri improvisé, faire un feu pour cuire son repas (notamment si on a pris quelque poisson avant) . Partir la nuit hors de chez soi c’est aussi s’enraciner dans la vie organique ; c’est fonctionner auprès des arbres, élément essentiel de la protection de l’humanité dès ses débuts. Pour moi les arbres me protègent de la pluie ou de la rosée, m’octroie le bois pour le feu , me donnent le droit accrocher mon hamac (je suis partisan de ce couchage depuis que j’en pris l’habitude chez les Indiens d’Amazonie ;un hamac bien choisi protégeait de l’humidité et des animaux rampants en forêt équatorienne ). La nuit, ici, dans un endroit totalement isolé me donne la possibilité de renouer avec mon passé. En général je choisis la montagne, les bords des lacs ou des rivières, ou encore les cabanes de pierres sèches des bergers du Causse : là où on ne rencontrera personne. Bien choisir son arbre, comme Brassens le dit,  est essentiel : on doit calculer une distance correcte pour la suspension, l’orientation et la solidité du hamac! Tout un symbole : l’arbre a été l’ami de Henry Thoreau, celui de Sylvain Tesson en Sibérie aussi. Le bois représente tout dans la mythologie des gens de la nature, des marcheurs ; il sert à toutes sortes d’usage sans parler des fruits : bois de construction, bois des vaisseaux afin de traverser les mers, bois de chauffage. Le foyer de la grotte préhistorique jusqu’à la maison protectrice ont été alimentés par lui pendant des millénaires. Il est aussi la protection contre le vent, atténue la pluie ; il parle à travers ses branches sous le vent ; il se plaint, gémit ou adoucit la violence de la bourrasque

     

     

     

    Donc d’abord toucher l’arbre, obtenir sa confiance, accrocher nos affaires lui laisser le temps de se familiariser avec l’intrus que nous sommes. Lui qui va nous balancer au gré de la brise, fait admirer son fut et ses bouquets de branches qui, vus du bas, couché à leur pied, nous transmettent sa force, son éternité au-dessus de nous, loin du sol

     

     

     

     

     

    Ordre des taches vitales

     

     

     

    1) Nettoyer d’abord l’endroit choisi des déchets de la civilisation de loisirs et de ses pollutions de la part de promeneurs ou des touristes peu responsables

     

     

     

    2) Ranger ses affaires, prendre ses marques d’un soir ; préparer du bois pour le feu , se baigner ou trouver un bon endroit de pêche particulièrement si on a emmené son canoë gonflable

     

     

     

    3) Puis explorer les alentours ; écouter la rivière, admirer la voûte céleste et vérifier si la « belle étoile » est arrivée,

     

     

     

    4) En partant laisser la place intacte; notamment remettre les pierres qui ont servi au foyer à leur place initiale, recouvrir les cendres de terre et de feuilles ; n’abandonner aucune des traces de son passage que le temps serait chargé d’effacer : la nature n’est pas faite pour notre service ; c’est l’inverse

     

     

     

     

     

    Une nuit dehors : on ne s’ennuie pas ; au contraire. Mais à notre époque, on n’écoute pas  ce message; ici, pourtant, on peut reprendre possession de soi-même et retrouver le sens du silence. Non qu’il n’y ait pas de bruit la nuit. Au contraire, il y en a de multiples : arbres qui « parlent » au gré du vent, l’eau tumultueuse du torrent ou les animaux nocturnes qui s’appellent .Le tout a une sonorité singulière, selon la situation géographique ou la saison ; une autre musique, douce ou colérique. On ressent l’histoire des hommes qui depuis des éternités vivaient là et qui eux respectaient la nature nourricière. Les arbres qui vont soutenir mon hamac sont mes deux piliers de cette régénération. Chaque fibre, chaque branche s’élance à cette recherche de liberté. C’est pourquoi je noue une relation particulière avec eux

     

    A passer des nuits dehors, je retrouve le goût de marcher pied nus, ce que je ne peux faire en ville ; je choisis là un mode de circulation dont j’use régulièrement dans la vie quotidienne, chez moi dans mon jardin et en tous terrains. On ressent directement notre lien avec le minéral, la solidité de la terre qui nous supporte. Le contact fréquent avec le sol que j’apprends à mes enfants est une nécessité organique afin de se sentir en accord avec son environnement matériel

     

     

     

    4 Ne pas oublier de contempler le coucher du soleil, de se laver au torrent. Et le faire également au sens figuré, afin de se laver de toutes les fausses obligations, les artifices et les occupations oiseuses imposées par notre société. Cela permet d’ établir à l’occasion une autre relation humaine avec d’autres solitaires. Quand on rencontre le berger avec ses moutons, le pêcheur et ses truites, le ramasseur et ses champignons, on noue un rapport simple et authentique puisqu’ils sont amateurs et connaisseurs de la nature nourricière que nous respectons ensemble

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Une autre relation humaine de qualité

     

     

     

    Si j’ai emporté un livre de Thoreau je le lis à l’aide de ma frontale ; alors, je ressens les mêmes sensations exprimées dans sa Bible : « Désobéir » (Cf p 106) qui est une Ode à la forêt. La sauvegarde du monde implique la préservation de cette nature sauvage dit-il :

     

    « Je pénètre dans la forêt comme dans un lieu saint ;  c’est là que se trouve la vigueur, la moelle de la Nature La préservation des animaux sauvages suppose la création d’une forêt pour qu’ils puissent y demeurer ou s’y retirer. Il en va de même pour l’homme. Il y a cent ans on vendait dans nos rues de écorces prélevées sur les troncs de nos arbres et autres plantes médicinales… Je crois en la forêt, en la prairie, et en la nuit qui voit pousser le grain (p100).. Le voyageur peut fort bien s’étendre dans les bois la nuit presque partout en Amérique du Nord .Il y a quelque chose dans l’air qu’on respire en montagne qui nourrit l’esprit et l’inspire » p 97.

     

     

     

    A mon retour dans la « civilisation », je vois la société d’une autre manière : plus miséricordieuse, plus compréhensive  et je suis plus tolérant à son égard. Ceux qui pratiquent ces bases fraternelles entretiennent et font survivre le respect de la Nature font comme moi. Car nous sommes plus nombreux qu’on le croit  à exercer cette démarche, non de retrait égoïste et de refus de la société, mais de recherche d’un meilleur rapport à la société à travers une relation profonde avec notre mère : la terre. Donc j’envoie ce signal à tous ceux qui n’ont jamais essayé et qui vont le tenter .Partager cette Renaissance et se ressourcer : ce pas de côté, dans les horaires et contraintes de la vie quotidienne, est une source de résistance face à la société quand on la trouve parfois trop conformiste ou envahissante .

     

     

     

    Alors... ce que je viens de raconter n’est pas une histoire à dormir debout, mais simplement un geste de bonne santé et d’équilibre mental que tout un chacun peut pratiquer à l’abri du regard des curieux, des pulsions de l’exhibition ou de la grande absence de modestie ; choses si banales chez nos contemporains .

     

     

     

    Je suis jaloux de ma liberté  et je n’en parle qu’à mes très proches ; je n’aurais pas confié mes réflexions si mon père - qui connaît la chose et l’a pratiquée - ne m’y avait invité. C’est pourquoi je n’écris ce témoignage qu’à l’adresse du petit nombre de personnes, celles qui sont aptes à comprendre : bien sûr mes familiers et quelques amis intimes qui, eux, ont saisi le sens profond de l’acte de dormir dehors : Alors Bonne Nuit !

     

    Doc

     

    La chanson de Brassens est « auprès de mon arbre,je vivais heureux »

     

    Les deux livres de Thoreau :Désobéir et de S. Tesson dans les forets de Sibérie sont édités en livre de poche

     

    Yannick Peneff

     


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  • Dialogue : Le blogueur juge de l’ermite 

      

    En réalité, ermite à moitié. S’il vivait seul dans un petit village du Dauphiné, à 1500m, il occupait une maison sans grande commodités mais non sans confort. « Vous ne pouvez pas vous tromper, m’a-t-on dit quand je partis à sa rencontre, c’est la maison près de la chapelle ». Un petit village d’une vingtaine d’âmes, 4 mois de neige en hiver, abritant un berger, deux paysans et quelques couples d’ouvriers et de retraités.  

    On m’avait averti : « il est peu loquace, il va tous les jours en montagne ».  Depuis son observatoire, il surplombait la vallée, la ville, mais aussi la société. Il était informé, très au fait de l’actualité, grâce aux moyens modernes de communications : Internet était parvenu dans ce village depuis six ans. 

    On me l’avait présenté comme un original, coureur de bois, amateur de vie sauvage, amoureux de la haute montagne ; d’autres le voyaient comme un vieux sage, austère et taciturne, blasé des humains. Certains imaginaient un type bizarre probablement aigri et frustré, un peu creux, peut-être vaniteux, fouillant les gens du regard, les bombardant de questions. 

     Je l’abordais dubitatif, quelque peu intimidé ; il me regarda monter le sentier caillouteux et me félicita pour ma démarche souple et rapide. « Vous avez le pied montagnard ». Il me fit le tour du panorama : « Oui, la vue est superbe. Là-bas vous avez le pic du Bout à 3000 m ; à votre gauche le mont de la Table. Je les ai gravis, quoique maintenant mon altitude de prédilection soit redescendue à 2000 m » 

      

    Il m’expliqua qu’il passait son temps à marcher, lire, grimper, réfléchir, tout cela successivement. Je grimpe en solo, en libre ; ça veut bien dire ce que c’est : seul sans matériel et sans assurance.  Etre libre, sans entraves, choisir ses voies, bien viser ses passages, ne dépendre que de la roche et de sa propre lucidité. Rentrer à n’importe quelle heure, parfois ne pas rentrer ; personne ne s’inquiète ! C’est important la liberté. Et bien sûr, sans l'appareil symbolique de l’esclavage de l’homme d’aujourd’hui, le portable. Je n’en ai jamais eu.  Seule condition : « Etre en forme » : la montagne ne tolère pas ceux qui sont fatigués, peu concentrés, inattentifs.  Posséder le sens de l’équilibre.  Etre équilibré sur le rocher signifie aussi l’équilibre mental .Pas l’un sans l’autre ! Telle était sa devise.Il justifia longuement la marche comme ce qui demeurait encore d’authentique dans les liens avec notre ancêtre « l’homo erectus ». C’est par là que passent la palpation du réel, la relation physique avec la terre nourricière.  Le pied dans la marche représente le contact direct, la racine qui nous relie à la matière d’où nous venons et où nous retournons tous !  Les mots le disent : « Retomber sur ses pieds », « ne pas perdre pied » ou « bon pied, bon œil ». Que ce soit le pied cambré du danseur, le pied ouvert ou fermé du footballeur, le pied marin, sentez, dit-il,  tout ce que la civilisation récente a atrophié ou annihilé. Pas surprenant que la pensée se soit amollie. Si vous amoindrissez la fonction de ce membre, vous réduisez votre capacité intellectuelle. Vous savez qui a dit : « Quand je grimpe, je pense avec mes jambes  » ?  

    -Non ! 

    -Un très grand alpiniste, un militant, un politique engagé aussi : l’Autrichien Reinhold Messner. L’abaissement de la pensée est en proportion de la diminution de la longueur de marche quotidienne. Sans intelligence, pas d’indépendance et alors, c’est la vie en troupeau. Comme des moutons où l’un suit consciencieusement l’arrière train de celui qui précède. Se caler au milieu du groupe, se fondre dans la masse, ne pas se distinguer. On dit qu’il y des concours de stupidité pour acquérir le droit à la célébrité dans la société d’où vous venez. Est-ce vrai qu’à la télé gagner les courses à l’imbécillité assure la notoriété ? Ne pas réfléchir par soi-même, suivre le mouvement, se montrer  conformiste, quand le chef de file vous conduit ...à l‘abattoir ou au précipice, il y a de quoi pavoiser en effet.  On m’a raconté que la meilleure façon d’être moderne est d’entrer dans le grand livre de Fesses-Book. Montrer ses fesses, souriantes ou grimaçantes, fines ou grossières ; des pages entières de photos de fesses. La gloire serait attribuée à qui a fait le maximum pour appartenir à la grande confrérie. Remarquez : Jean Ferrat avait admiré la manière dont Brassens montrait les siennes aux bourges et aux calotins.  

    C’est pour cela que je marche deux ou trois heures par jour quelque soit le temps. Nos contemporains, en deux générations, ont perdu entièrement cette capacité.  « Ils perdent pied ».Les dégâts en sont immenses : comportements de renoncement face aux difficultés, abdication de caractère devant les rapports de force conformisme des morales imposées  par autrui». Si j’ai l’occasion, je vous montrerai les différentes démarches. Marcher en pensant n’est pas la même chose que penser en marchant ; la distinction est subtile mais forte. Je l’éprouve tous les jours en vagabondant. La pensée aérée, dépouillée, qui va l’essentiel, les grimpeurs la pratiquent. Vous les avez vus sur les parois ? Ils font des choses de plus en plus incroyables ! Vous connaissez Catherine Destivelle ? 

    -De nom ,oui 

     -Quand elle grimpe dans  son style éthéré, elle est un défi à la pesanteur ; elle fait corps avec le rocher et en même temps elle s’en détache , elle vole de prise en prise. Lisez-la.  Elle dit de choses très justes sur ces détails extrêmes. Quatre bouts de doigts de pieds et de mains, quatre fines extrémités pour s’élever et vous maintiennent en vie. On voit immédiatement le caractère aérien, la mesure à l’économie : pas de geste superflu, rien d’inutile dans le dépouillement de l’ascension. Ce sont des danseurs verticaux ; si les danseurs de ballet maîtrisent l’espace horizontal (ils s’élèvent un peu mais médiocrement), observez ces danseurs de paroi. Quand je passe au pied d’une dalle où ils s’expliquent avec eux mêmes, je ne me lasse pas de les regarder.  

    « Mes mains se promènent doucement sur la surface granuleuse du rocher. Puis mon corps se met à grimper. Tout est facile, les mouvements s’enchaînent aisément, je grimpe, je grimpe...Un vrai rêve ! C’est pour parvenir à ce degré de liberté physique, ce sentiment d’aisance, de légèreté que j’ai décidé de regrimper en solo car je savais que ce serait la seule façon de revivre cette osmose parfaite avec le rocher, de retrouver cette grimpe instinctive, presque animale »( C. Destivelle : Retour à la montagne)  

    Il faut dire que la pensée, afin de s’aérer, ne s’encombre ici d’aucun d’artifice, ni de conventions. C’est à 4000 qu’on respire le mieux. Il y a moins de pression atmosphérique et  la tête se purifie ! On ne pense pas de la même manière qu’au niveau de la mer ! La vérité créatrice par la sensation ultime des éléments naturels,  le sol et la peau, maints écrivains l’ont exprimé. Rappelez vous Rousseau ?  

    –Ah oui, dans la Nouvelle Héloïse ? Mais il oublie que plus on monte, plus il faut s’oxygéner ! Mais, vous, que faites-vous là-haut, tous les jours ? Je présume que vous observez les animaux sauvages ?  

    -Oui, je vois le lynx, le renard et le sanglier, le chamois et le bouquetin, le cerf ou le chevreuil. 

    -Et le loup ?  

    -Jamais vu ; ni rencontré de traces ; deux étaient présents ici, paraît-il. Vite abattus  

    -Pourquoi ?  

     -C’est l’immigré de la gent animale ; on lui impute les crimes des autres.  Il vient des Balkans ou du Caucase et de plus il transite par l’Italie. C’est l’illégal à pourchasser, le bouc émissaire.  Il paie pour tous les malheurs engendrés ailleurs 

      

    -Pourtant dans les troupeaux ... il fait des ravages ? 

      

    -C’est pas lui, ce sont le chiens redevenus sauvages, les chiens errants, gardiens de villas et les chalets abandonnés hors saison par leurs maîtres, d’où ils s’échappent pour quelques jours chasser, retrouver leur instinct de tueur (« les chiens tueurs d’enfants ont plus de respectabilité que le loup). Eux oui, j’en ai rencontrés. Affamé, le loup ne tue que pour se nourrir, une brebis de ci de là, l’autre le chien dit de garde qu’on laisse seul dans les jardins   tue par plaisir. Quand un animal du troupeau est dévoré,  il est probable que ce soit le loup. Quand on trouve plusieurs moutons abîmés et blessés, c’est le chien qui est redevenu sauvage. D’ailleurs souvent les dégâts sont ciblés, circonscrits à une petite aire ; or, lui, le loup circule, ne reste pas sur place.  Cela est connu. Il n’y a que les journalistes naïfs et leurs lecteurs qui sont menés en bateau.  Bon ! Il ne faut rien dire : Bruxelles ne dédommage que si le loup est déclaré responsable. D’ailleurs les nouveaux résidents,  bourgeois ou retraités, sont devenus les maires, les  notables de villages, les dirigeants d’association (de chasse) ; ils font la loi et l’indemnisation. Le berger se tait.  Le loup est donc l’immigré honni.  

      

    -Bien, bien..  je vois que j’ai touché là à une corde sensible  

      

    -Oui et s’il n’y avait que ça ! Les 4.4, les quads, les chasses illégales, les empoisonnements d’animaux protégés. C’est la curée pour détruire, polluer, abîmer, ne rien laisser derrière nous. Les nouveaux Barbares sont dans nos montagnes 

      

    - Et l’isolement, l’absence de médecin, de pharmacien  ne vous préoccupent pas ? »  

      

    -Inutile ; je ne les connais pas. Jamais vus. Je n’ai jamais été malade ; je crois que c’est irrémédiable,  la bonne santé. Une question de chance mais aussi de volonté, d’hygiène de vie, de connaissance de son corps. Je devine ce qui ne va pas à de petits signes, je porte un autodiagnostic ; puis je me soigne en pratiquant  les exercices physiques appropriés ou bien je m’octroie  la récupération nécessaire. Mais puisque vous vous intéressez à mon genre de vie, je vous propose une devinette.  Je fais parfois des pastiches en me promenant ; oh, des réminiscences scolaires, des textes appris et que je remanie s’ils ont un rapport avec ma situation. Par exemple en nageant dans un des nombreux lacs, je me suis souvenu de ce texte célèbre : 

    « Lorsque le lac gelé ne me permettait pas la natation, je passai mon après-midi à parcourir la rive, en lisant une page ou deux d’un livre, m’asseyant tantôt dans les recoins les plus souriants et les plus solitaires pour y réfléchir à mon aise, tantôt gravissant les hautes terres pour parcourir des yeux le superbe et renversant coup d’œil du lac et des rivages boisés, élargis en riches plaines dans lesquelles la vue s’étendait jusqu’aux montagnes bleuâtres qui les bornaient. Quand le soir approchait, je descendais des cimes et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève etc ».  

    Lecteur :  De qui et d’où est tiré ce passage d’un auteur que j’aime bien et que je respecte à ma façon, caricaturale ? 

      

    -Pourquoi cet écartement de la société ; ce retrait est volontaire n’est-ce pas ? 

      

    -Oui une raison très simple. Je n’ai pas beaucoup travaillé durant ma vie active, j’étais un peu paresseux, j’étais professeur. Un métier peu usant, intéressant certes, mais guère éprouvant si je compare aux ouvriers qui m’entourent. Nous, on parvient à la retraite en pleine forme. Eux non ! Alors il était temps de redevenir sérieux. 

      

    - Vous faites toujours les choses à l’envers, quoi ?   

    - Une raison supplémentaire est que j’habitais une ville du sud, riche, pleine des bobos et de bourgeois, sophistiquée, avec de nombreuses occasions de diversions, de loisirs, de spectacles. Je me suis éloigné de ces tentations car je me serais laissé aller à la vie facile, distrayante et sans soucis. Mais rassurez –vous je ne suis pas devenu un travailleur acharné : 6 à 7 heurs par jour me suffisent.  

      

    - Oui je comprends ; d’ailleurs moi-même...Mais pourquoi se couper du monde à ce point ? Ne parler à personne, des jours, des semaines durant, n’est-ce pas trop dur ? 

      

    - Pas pour moi qui ai l’esprit lent, qui réfléchit laborieusement, qui suis le contraire d’un esprit vif et rapide. Il me faut du temps et de la concentration pour comprendre quelque chose de valable à la société où nous vivons. Donc je m’impose la régularité de l’attention, l’approfondissement par le silence. Je tente de m’abstraire du bruit ambiant, d’éviter les distractions qui dispersent.  Rester seul pour penser : le monde actuel fait tout pour vous en empêcher. La solitude est dénoncée comme une maladie, une anomalie. Vive le superficiel, le zapping ; soyez légers, glissez, faites 3 ou 4 choses à la fois pourvu que ce ne soit ni profond ni exigeant en attention. Regardez : les médias, les livres à succès sont ceux qui confirment vos préjugés, qui vous incitent à abandonner toute personnalité, toute indépendance, toute rigueur de la pensée.  « Nous réfléchissons pour vous aux meilleures solutions, confiez-nous votre argent, votre santé, votre esprit, on s’occupe de tout. Amusez-vous, soyez insouciant, sortez, consommez, moutonnier, suivez le troupeau. Ludisme, Hédonisme, Egoïsme, on organise tout pour vous ! 

      

    --Et la montagne vous permet de lutter contre. Seul contre tous, quoi ? 

     –Non ; je n’ai pas cette prétention ! Mais la montagne et la lecture ensemble ! car la culture accumulée sur 20 siècles nous indique que ce phénomène est banal , que d’innombrables individus sont sortis du rang, ont refusé, ont désobéi. Certains ont laissé des œuvres impérissables. Les ayant un peu fréquentés dans ma jeunesse, je voulais les retrouver sur le tard... 

    Mais, bon,  j’ai quelques olives et un fromage à partager, entrez .On discutera. 


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  • Nous abstentionnistes intraitables, motivés, politisés,  sortons de cet épisode des élections déterminés, plus nombreux que jamais Ils furent au premier tour 35 millions de bulletins exprimés. Nous fûmes  25 millions, ce dimanche-là à  refuser de voter : 20 millions d’abstentions officielles, 5 millions de non-inscrits, dont 2 millions de votes nuls sur un total de  près de 55 millions de personnes en âge de voter.  L’équilibre   des deux camps se rapproche et valorise enfin  ceux qui ayant toujours voter jusqu’en 1995 refusent les mesures d’injonction des partis et de médias, les ordres moralisateurs, à se soumettre à la nouvelle  comédie des pouvoirs fictivement opposés qui ont trouvé là l’occasion de brouiller les cartes. Plusieurs « camps bourgeois »  ou familles régnantes s’associent sur une mystification originale et neuve : faire semblant de se différencier alors qu’ ils règlent leurs comptes à travers le rite des présidentielles et amusent la plèbe béate, celle qui veut du pain et des jeux. Droite et gauche ont montré le vrai visage de l’opération : l’alternance, les faux combats de faux adversaires quand on échange les places, services amicaux,  postes  juteux pour parents, amis, enfants. La grande comédie du conflit  irréductible  Gauche/ Droite entre deux ou trois camps est cependant finie pour le spectateur lucide. Nous, les vieux, qui avons été témoins des sérieuses divergences entre  plusieurs options Républiques ou dictature ( en 194O, 1954, 1958 et 68) aux enjeux  vitaux sommes conscients  de la mystification contemporaine à l’adresse des  citoyens Sauf à de courts moments de notre histoire  dramatique  où la sincérité,  le courage et le désintéressement l’emportaient entre candidats réellement opposés,  nous sommes heureux d’avoir milité pour l’abstention générale  après avoir été des électeurs indéfectibles

    Maintenant nous avons remplacé l’acte absurde par d’autres moyens (actions de quartier, vote entre  voisins ou professions  par internet,    militantisme   des referendums) . L’engagement  citoyen pour la maîtrise   de l’acte du vote  ( n’est-ce pas : Grand Charles ? puisque tu  l’a vécue deux ou trois fois) notre destin ne passe plus par l’urne   ni  par les   dimanches républicains : laissons aux  béni-oui-oui  la joie de se faire  tondre par le  petit mitron (pardon : Micron !) :  Un président qui n’aura jamais été élu du peuple ;  même dans le plus petit conseil municipal ! C’est comme si vous confiez le bus de la colonie de vacances  de vos enfants à un gamin qui n’pas le permis. Bonne chance, les amis. Une chance que vous devez aux prêtres  des médias)  et aux sentencieux du  Canard  qui se déchaînent  quand on lui apporte une tête de Turc sur un plateau.  Non, Nous n’irons pas voter avec vous.

    Parce qu’avec ce brillant épisode intellectuel, les vraies motivations de classe ,les réelles solidarités interclasse entre médias de gauche et de droite, entre sondeurs et journalistes couchés,  émergent en faveur d’un statu-quo général  dont les pauvres, les démunis, les travailleurs ou les incroyants feront les frais « comme d’hab ».Et alors,  amis, toutes bourgeoisies confondues  en castes, clans,  factions   feront la fête et viendront en juin   ensemble   dans deux mois,  nous rejouer le cinéma des oppositions  irréductibles ou des  inimitiés exclusions-excommunions, condamnations . Pour nous spectateurs amusés ayant regardé le combat truqué ;, la lutte, le combat hors élection, tout commencera lundi matin  quel que soit le résultat du duel fictif. Cependant, changés, transformés,  nous sommes  devenus puissants et   en nombre.  25 Millions ce n’est pas rien ! Nous,  Ermites ou urbains, qui avons refusé les endoctrinements et les processions au « bureau » de vote, nous avons fait le choix de la Raison et  tout ce qui est adviendra   à partir de maintenant confirmant nos options ne sera pas de notre responsabilité : à vous seuls de vous débrouiller mais sans nous !


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  • Résumé  du livre impubliable : la mort des républiques

    La république n’est pas une et indivisible  Elle est, par son histoire, complexe et multiforme. Elle connait des destins contrastés. Elle surgit, vit et meurt. Elle  constitue un objet sociologique et historique comme tout autre régime ; et cela mérite justification et explication. Le sociologue  entreprend donc une comparaison sur les siècles ( une dizaine dans mon livre :Antiquité, France, Allemagne ; une trentaine de la sphère européenne dans le livre de Ch. Brochier : « Sociologie historique du gouvernement de la République ») L’enquête ici  se heurte à l’idéologie dominante qui en fait une « essence », une substance, un concept indiscutable (alors même que le général de Gaulle qui en sauva deux, ne la cite, sur une centaine de pages, qu’une fois au profit de termes qu’il juge plus appropriés au relativisme  historique : « France » pouvoir,  Nation,  Etat. Ce préalable  a dû être levé avant d’enquêter  sur les  modes de délégation, de représentation, l’autorité, la séparation de pouvoirs et le système d’élections, la gestion  des pouvoirs administratifs et  de la force publique, principes ou faits, qui ont connu des fortunes diverses et complexes dans le monde occidental. Alors, la variété des circonstances des apparitions et disparitions successives, les péripéties de l’existence en Europe depuis l’Antiquité à aujourd’hui, méritaient d’être examinées. En éliminant tout esprit  de hiérarchie  quoique on en connut des exotiques (« bananières »), des bonnes et  des « mauvaises » (soviétiques et pays de l’est),  aux structures plus ou moins  abouties, d’après l’opinion des commentateurs  nationaux. 

    En l’absence d’unanimité, face à la diversité des critères formels, retenus  sans examen réaliste de l’application des principes, nous avons examiné l’utilisation par les usagers de la démocratie, des discours sur les droits de l’homme,  les pratiques votantes  et les actes des militants dans ce régime : Eh ! là patatras, rien ne concorde ! Le peuple souverain, le peuplé adulé des orateurs, le peuple sans cesse invoqué manque à l’appel ! Le calcul des votants en chaque élection  donne des surprises : en démocraties occidentales, ils sont  presque toujours minoritaires. Abstentions, non inscription,  votes nuls dominent largement au point d’atteindre  régulièrement 45% en France (60% dans le « modèle » américain)

    Alors pourquoi ces « peuples » appelés sans cesse  à leur devoir civique s’absentent ? Sautant dans ce résumé l’étape historique de l’échec d’intégration des classes dites populaires, nous sommes parvenu à isoler un critère : l’âge bien sûr, mais surtout les revenus (et leur stabilité), et la dimension  de la propriété, la possession de patrimoines, en valeur équivalent à un demi-million d’euros. Au-dessus, on vote presque systématiquement ; les sans patrimoine presque jamais. La valeur de  ce test, sans analyser la tendance  d’une abstention très faible dans les années 1945 et suivantes aux taux très élevés actuels  sans négliger d’autres éléments de l’exclusion ou de la séparation de la moitié  de nos concitoyens pratiquants assidus,  accentue le caractère tranché de cette division. La vraie question est alors : pourquoi veut-on ignorer ou masquer cette évidence ? Le peuple absent : où est-il, que pense-t-il ?  Ceux qui en appellent à lui, vers qui se tournent-ils en réalité ; à qui parlent-ils factuellement ? D’autres étonnements suivront si nous arrivons à bien mener notre enquête. Quelle conclusion tirer de celle-ci? D’abord que nombreux auteurs étrangers appliquent depuis des années notre schéma d’analyse : particulièrement l’école « de Cambridge » ; ils font autorité dans le monde des idées et des pratiques politiques : Dunn, Goody, Hobsbawm, Evans,  tous élèves de Moses Finley. En définitive on ne peut à proprement parler de luttes de classes mais de luttes de fractions de classe. Si  50%  des habitants en âge de voter participent  et dirigent la république, elle est alors l’enjeu permanent de conflits fratricides, parfois meurtriers entre petites, moyennes et grandes ou très grandes bourgeoisies. Ce schéma a été constamment et intelligemment partagé par des analystes dans le monde. Nous le résumons et verrons qu’il s’applique avec pertinence à la France,  à l’Italie et autres pays du continent dans la période récente (sans parler de la Présidentielle actuelle, un cas d’école).Au cours de ces conflits ancestraux, symboliques ou non, le petit peuple parfois s’immisce ou est appelé à soutenir un clan (type 1789).Il est réprimé peu après. Nous rentrerons par une série de cas dans les déroulements  variables mais le scénario est immuable ; notamment quand la « gauche » ne représente plus aucun danger  pour les titulaires  même divisés du pouvoir. Alors, que des scissions apparaissent ou non, au sein des classes populaires, est  un effet secondaire : s’il est habituel que des paysans soldats tirent sur des ouvriers, l’inverse est vrai mais plus rarement. En bref la mort des Républiques analyse toutes ces situations sans  examiner si elles sont exemplaires ou non

    Comment avons-nous mené une telle étude en série? Nous  prétendons qu’il faut approche de l’intérieur,   dans la continuité,  ce processus du découragement républicain du petit peuple, et chercher les autres modes d’action qu’il a  tirés de ces deux siècles d’échec, sans omettre  le sens de l’ironie qu’il manifeste à l’égard de ses guides-protecteurs républicains. Nous prétendons que les sciences sociales se sont totalement détournées   de ce  type d’analyse ethnographique car il ne faut pas compter sur les procédures statistiques étatiques  ou  sociologiques universitaires, (sondages, études d’opinion, questionnaires, entretiens, tous biaisés) pour   ressentir les modulations subtiles cachées aux enquêteurs extérieurs. Nous affirmons que nous fumes les seuls bien placés pour  approcher des comportements privés et secrets et, le cas échéant, en publier  les résultats (pas toujours : nombreux refus). Nous avons pris  acte qu’il faut vivre en continu parmi « ces gens-là ». Aucune difficulté  puisque nous résidons dans ces quartiers, ces villes ouvrières ou villages pauvres et reculés. Cet environnement, et singulièrement aucune « propriété » (en tout cas hors du logement et des biens domestiques), ne nous distinguent du genre de vie de nos voisins.  Cela va de soi puisque, à ce monde, nous  appartenons de naissance : pères, grands-pères,  frères,  fils ou autres proches  sont ouvriers, petits paysans, employés  subalternes, migrants pauvres ; ils constituent donc notre environnement quotidien. Et nous n’avons eu aucun mal à appliquer l’observation participante-une technique  de l’ethnographie- à cette pratique de voisinage. Nous venons  de résumer plusieurs années de travail. Par « nous », je signifie les 4 ou 5 sociologues  qui partagent cette expérience  en continu, qui en discutent souvent et  donnent ici  ou là les résultats. Nous  revendiquons  notre compétence. Nous affirmons  haut et fort qu’il faut  approcher, connaitre intimement  avant de proclamer,  surtout avant de moraliser et d’élever en dogme laïque sacré, le sens républicain  naturel et  avant de stigmatiser  l’indignité de l’abstenant ou du prétendu indiffèrent

     

     

     


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