• Si je me suis retiré « tôt »  (62ans) , c’est  pour réfléchir à toutes ces circonstances, en tout cas, ne plus orienter  dans une voie sans issue,  puisque faiblement reconnue. L’ethnographie par observation, une fois les diplômes acquis, n’est guère validée professionnellement. Je le déplorais. Bien de mes collègues américains firent de même   choisissant une retraite précoce). Le vent est peut-être en train de tourner.  Il y a des conjonctures favorables et d’autres non. Il
    . Les auteurs qui font partie de cette bibliothèque se rejoignent, dans l’octroi au lecteur, d’éléments de jugements, sur leur propre milieu et biographie, insinuant la notion de relativité sociologique au moins temporelle (étude de cas et des cas, il y en eut des milliers). Alors, pourquoi, pour un sociologue, donner autant de renseignements biographiques sur sa propre formation et son appartenance de classe, comme je le fis : nombrilisme, indécent exhibitionnisme ? Non ! car chaque sociologie est le reflet de la trajectoire d’un auteur et de l’histoire de son milieu. L’expérience sociologique est en partie cachée par les sociologues eux-mêmes, parfois de manière consciente, ou alors pas dans toutes ses dimensions.  Le sociologue croit ou feint de croire qu’il est au-dessus des déterminations et des influences, au-dessus de la mêlée. Que ses intérêts propres le mettent hors de portée des effets qu’il décrit chez les autres. Bref, comme on l’a dit auparavant, il n’est pas hors du monde et  sa  légitimité   à expliquer   d’autres sociétés,  dépend  de sa compétence à se juger lui-même ! Il n’a pas le pouvoir d’échapper aux mécanismes qu’il décrits à propos des autres milieux ; sa capacité de tout appréhender est utopique : il ne suffit pas d’obtenir ses diplômes, ou bien la fonction et le poste !  Et il doit dire depuis quel promontoire, il parle, puisqu’il est lui-même objet de sociologie. Sa prétention à étudier une idéologie ou des comportements d’autrui, est fictive, s’il se croit  au-dessus de toutes les sciences, des courants ou des modes de pensée, dont il trancherait radicalement, de par un effet de supériorité auto-définie. Trop souvent le sociologue est juge suprême des autres pratiques : ce qu’il dit sort de la botte de Dieu, position commune en France, marquée de Grands Hommes-symboles et l’un, particulièrement, qui vient d’ailleurs de ma région natale, et  que je suis allé observer, pour mieux saisir ce qu’il ne nous avait pas totalement révélé. Il n’y a pas de mauvais « terrains » puisque tout est terrain !

    Alors, jeunes  apprentis, comme nous le fûmes, modestes ethnographes  : si vous pensez  que vous êtes un élément du groupe que vous étudiez : il est plus sage de dire d’où vous venez , ce que vous avez appris de votre milieu , reçu de votre éducation  et des « épreuves » que vous traversées, puisque vous êtes une pièce du mécanisme que vous  rapportez dans votre travail , votre thèse ou  vos écrits.  Votre biographie comporte des éléments idéologiques comme les autres : vous ne vous êtes pas extrait miraculeusement des déterminations de vos congénères ! Pas plus que vos intérêts du moment ne seraient des composantes de vos jugements ! Donnez donc au lecteur, tous les éléments qu’il doit connaitre pour vous juger, pour mieux comprendre votre « point de vue », puisque vous n’avez aucun droit supérieur à l’extra-territorialité, à l’évitement des effets de cause sociale, interprétés subjectivement. Selon votre réponse, vous donnerez ou non, au lecteur ou à l’étudiant, le maximum de renseignements sur vous-même, afin qu’il perçoive de quel point de vue de classe sociale, vous parlez. Tout livre de sociologie devrait comporter un important élément de biographie de l’auteur, bien différent des 3 ou 4 lignes de dos de couverture !

    C’est pourquoi j’affirmé, haut et fort, que chacune de mes interprétations sociologiques est un effet retravaillé et élaboré de ma trajectoire, une composante de mon milieu et, ensuite   seulement, un effet de la situation ancienne ou présente. Les classes moyennes, demi- rurales, en ascension rapide, ont été, après la guerre, le support de la sociologie que j’ai faite (ce que d’autres cachent soigneusement à travers l’exigence « d’objectivité ») : voilà les faits ! Pour bien observer, il faut avoir un angle de vue déjà  éprouvé   selon des orientations qui viennent de loin. Ce sont de phénomènes de générations et d’époque : un sixième sens, qui s’« hérite » d’une classe d’âge  à l’ autre. Je concède que mes réflexions n’évoquent pas le fait qu’observer n’est pas « analyser » ; pas plus que mesurer ou contrôler, n’est expliquer. Ces pages étaient juste là pour rappeler un point d’histoire à ceux qui feront l’histoire de cette « méthode » intelligente. C’est pourquoi j’ai souvent pensé, en l’enseignant, qu’elle ne s’apprend pas vraiment, mais qu’elle appartient à un temps révolu ou bien à une conjoncture spécifique :métropoles  avec Noirs et étrangers
    Au final   que conclure l’observation participante précoce ? » D’abord dans la vie, ça sert à faire de bons choix, au bon moment, cad, les plus cruciaux de l’existence. Par exemple j’ai su « naviguer » au mieux en Algérie et dans l’armée, en observant les sous-officiers et en jugeant avec mes collègues, les issues possibles à des problèmes éthiques apparemment insolubles. Ça m’a servi plus tard à trouver le ton juste dans mes relations avec Verret, louvoyant entre son autoritarisme fraternel et une impulsivité de jugement. Cela me servit également à constituer une opinion politique éprouvée à partir de faits constatés, non des idéologies ou des  « éthiques » politiques. Entre 20 et 25 ans nous nous sommes  « fabriqué » un jugement sur les deux géants, se faisant une sérieuse guerre froide : L’URSS et les USA . Je suis allé dans les pays de l’Est plusieurs fois pour observer le communisme en action, et en Amérique, les problèmes raciaux. En Russie ou ailleurs, mon principe immuable était : aller voir pour savoir ; observer réellement, directement, avant de juger. Mais dans tous les cas, il fallait sortir des sentiers battus, de routes balisées et des voyages  « organisés », ainsi que des clichés et des préjugés. Dans un cas, je partis en URSS mais ne suivis, en aucun cas, le circuit imposé par Intourist, l’organe officiel, et  cela, à mes risques et périls,  ( mais je parlais  un peu la langue). Dans l’autre cas : en Amérique, je refusai d’éviter les problèmes soigneusement occultés, soit en faisant du stop pour discuter au hasard, soit en « visitant »  les Ghettos et banlieues chaudes : ce qui m’avait été fortement déconseillé par mes amis ou des collègues. Toujours l’adage : « Aller voir pour savoir ; toucher directement le problème ». Bien entendu, j’eus, comme annoncé, de petits ennuis : arrestation par la Stasi  ou saisissement de la population noire  quand ils virent un Blanc qui se promenait tranquillement chez eux : ils n’avaient jamais vu ça !  Ces menus événements n’eurent heureusement aucun conséquence grave ; je pus limiter les dégâts et gérer une sortie honorable.  Ce sont de incidents ordinaires à tout exercice de la curiosité sociale, ce sont les à-côtés risqués de l’observation directe. En tout cas, mon opinion fut faite, pour longtemps (c’est- à -dire aujourd’hui) sur le communisme et le capitalisme. Mais je la gardais pour moi ou la partageais avec ma femme, plus tard, quand nous amenâmes nos enfants, faire là, dans ces pays, leurs propres expériences personnelles d’observation. En conséquence, pour moi, le bilan est amplement positif : c’est pourquoi je promus cette méthode auprès de multiples générations d’étudiants, avec plus ou moins de succès, comme on l’a vu .Les incidents ordinaires à tout exercice de la curiosité sociale sont les à-côtés risqués de l’observation directe. En tout cas, mon opinion fut faite, pour longtemps sur ces deux modalités du communisme et du capitalisme ou au sujet des phénomènes  culturels qu’on nous enseignait ou alors analysés  hors  de leur contexte.  Que la sociologie, dite du peuple soit aussi pauvre  fait douter de  l’avenir de la discipline

    Voilà pourquoi je destine ces livres aux  étudiants  , afin  qu’ils aient la chance,  même biaisée,  de lire des auteurs  qui furent des personnalités aux qualités humaines remarquables  et qu’ils aient  ainsi  l’aubaine,  de croiser des sociologues, portés aux mêmes inclinations, convictions et pratiques,  heureux de partager leurs « secrets » et leurs goûts. Et surtout qu’ils n’oublient pas que : « Pour être radical, un empiriste  ne doit admettre, dans ses constructions,  aucun élément dont on ne fait pas directement l‘expérience et n’en exclure  aucun élément  dont on fait directement l’expérience ».  Je suis sûr que les jeunes lecteurs de ce Don de bibliothèque américaine » sauront en faire usage, afin de mieux comprendre leurs prédécesseurs. A leur tour, de poursuivre un mouvement d’idées qui a un grand passé :« Créez des dizaines de petites « Ecoles de Chicago » comme ces livres le suggèrent : Et si vous admettez ce postulat, je vous dirais comme Becker : « On fait quoi maintenant : Quelle sociologie, ?  Celle du terrain ou celle de la carrière ? » :  en m’appuyant sur le titre de son  passionnant  livre, au sujet de l’éducation « inconsciente » de jazzman  ,je vous dirais : « Quelles observations, on fait maintenant : l’ethnographie modeste ou la « glorieuse » sociologie ? ». Finalement, vous ne vous demanderez plus : « A qui ça sert  l’observation participante précoce ? »  Dans la vie, ça sert à faire de bons choix, au bon moment, cad, les plus cruciaux de l’existenceproblèmes raciaux.  Là ou ailleurs, mon principe immuable était : aller voir pour savoir ; observer réellement, directement, avant de juger. Mais dans tous les cas, il fallait sortir des sentiers battus, de routes balisées et de voyages  « organisés », ainsi que des clichés et des préjugé qui les accompagnent.». La politisation des jeunes gens d’alors  était alors une ressource que certains saisirent avec avidité
    En conclusion : « Jeunes  apprentis, comme nous le fûmes, modestes ethnographes  : si vous pensez  que vous êtes un élément du groupe que vous étudiez : il est plus sage de  commencer par étudier d’où  vous venez , par ce que vous avez appris de votre milieu , reçu de votre éducation  et des « épreuves » que vous traversées, puisque vous êtes une pièce du mécanisme que vous  rapportez dans vos écrits.  Votre biographie comporte des éléments idéologiques comme les autres : vous ne vous êtes pas extrait miraculeusement des déterminations de vos congénères ! Pas plus que vos intérêts du moment ne seraient des composantes de vos jugements ! Donnez donc au lecteur, tous les éléments qu’il doit connaitre pour vous juger, pour mieux comprendre votre « point de vue », puisque vous n’avez aucun droit supérieur à l’extra-territorialité, à l’évitement des effets de cause sociale, interprétés subjectivement. Selon votre réponse, vous donnerez ou non, au lecteur ou à l’étudiant, le maximum de renseignements sur vous-même, afin qu’il perçoive de quel point de vue de classe sociale, vous parlez.Tout livre de sociologie devrait comporter un important élément de biographie de l’auteur, bien différent des 3 ou 4 lignes de dos de couverture !   C’est pourquoi j’affirmai, haut et fort, que chacune de mes interprétations sociologiques est un effet retravaillé et élaboré de ma trajectoire, une composante de mon milieu et, ensuite   seulement, un effet de la situation ancienne ou présente. Les classes moyennes, demi- rurales, en ascension rapide, ont été, après la guerre, le support de la sociologie que j’ai faite (ce que d’autres cachent soigneusement à travers l’exigence « d’objectivité ») : voilà les faits  vécus par l’auteur !





    Je n’aurais jamais pu me servir de cette expérience pour aider mes étudiants, nouveaux venus dans l’univers étrange, pour eux,   des Facultés, ainsi que   ceux  que j’ai dirigés plus tard en thèse ou maîtrise,  ressentant une infériorité culturelle,  à  faire  valoir leurs qualités de  chercheurs au quotidien. Bref de manifester  leur avantage  de sensibilité aux petits « faits » significatifs sur un terrain quelconque et de  résistance aux emplois physiquement durs qu’ils prenaient comme sujets de maitrise ou de thèse. Dans leur enfance, ils avaient été    orientés, eux aussi, vers le « dehors » du cercle fermé familial : l’extérieur, la rue, le plein air, les petits jobs. Les choix intériorisés   étaient devenus irréversibles ; ils avaient là, un avantage déterminant en sociologie ethnographique, et ils ne comprenaient pas la « timidité » de autres étudiants, plus « classiques ».  C’est pourquoi les enfants qui migrent aujourd’hui, des enfants de la rue ou de village   sont   plus avantagés ; ils sont plus aptes à la compréhension de cet exercice, que les étudiants,  sauf ceux venus de très loin du milieu universitaire, plus disposés, quant aux compétences, aux  subtilités ethnographiques de la vie populaire. Ils ont été réceptifs à ce type d’enseignement, quand ils parvenaient à l’enseignement supérieur.  Ils auraient fait d’excellents sociologues, s’il n’y avait eu des barrages de classe ou de nationalité ; mais ces capacités ont « marché » ailleurs, cependant, pour eux. Cela les mettait à l’écart des risques de jugements trop ethnocentriques ou faiblement comparatifs, bref à l’écart des dangers qui guettent actuellement les étudiants pauvres en observations juvéniles.

    Je suis sûr que les  lecteurs de cette « bibliothèque américaine » sauront en faire usage, afin de mieux comprendre leurs prédécesseurs. A leur tour, de poursuivre un mouvement d’idées qui a un grand passé :« Créez des dizaines de petites « Ecoles de Chicago » comme ces livres le suggèrent : Et si vous admettez ce postulat, je vous dirais comme Becker : « On fait quoi maintenant : Quelle sociologie, ?  Celle du terrain ou celle de la carrière ? » :  en m’appuyant sur le titre de son  passionnant  livre, au sujet de l’éducation « inconsciente » de jazzman  ,je vous dirais : « Quelles observations, on fait maintenant : l’ethnographie modeste ou la « glorieuse » sociologie ? »
    Alors, jeunes gens, choisissez la socio dont l’époque à besoin ; trouvez  un domaine encore  mal connu. Voyez comment le luxe et l’intensité des communications et des mises en relations inter-individuelles par des outils non conçus par vos entourages, mais formatés pour vos soi-disant besoins et encadre pour perceptions propres ! Futurs sociologues :   ne craignez pas, à partir de faits concrets issus de votre terrain, de critiquer vos livres ou enseignements. Inventez vos modes d’enquête, vos normes d’écriture, vos codes de présentation.  Prenez votre liberté.

    FIN
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